Transition écologique

Les solutions du GIEC pour atténuer le changement climatique

Dans le dernier volet de son sixième rapport, le GIEC détaille les mesures envisageables pour réduire nos émissions. Dans tous les secteurs, il existe des solutions pour "réduire au moins de moitié les émissions d’ici à 2030", à un coût raisonnable.

Le GIEC présente les solutions disponibles pour freiner le réchauffement climatique et atténuer ses conséquences sur l’humanité et les écosystèmes, dans le troisième et dernier volet de son sixième rapport publié le 4 avril. Sans « réduction immédiate et radicale » de nos émissions dans tous les secteurs, notamment la construction, il sera impossible de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C.

Après avoir rendu ses deux rapports sur l’évolution physique du climat et sur ses effets sur les sociétés humaines et la biodiversité, le groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (GIEC) a évalué comment réduire et éliminer les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Pour parvenir à atteindre l'objectif de l'accord de Paris de rester en dessous de 2°C de réchauffement en 2100, il faut que chaque habitant de la planète n'émette pas plus de 2 tonnes de CO2 eq. en 2050 (nous en sommes déjà à près de +1°C). Pour un Français qui émet aujourd’hui en moyenne 10 tonnes de CO2eq./an, il s’agit de diviser ses émissions par 5.

Le premier volet du sixième rapport du GIEC, publié en août 2021, a mis en lumière l’accélération du réchauffement, qui s’aggrave partout, à des niveaux sans précédent, avec des risques de points de basculement.

Le deuxième, publié fin février, détaillait les impacts toujours plus dévastateurs, généralisés et souvent irréversibles du changement climatique sur la population et les écosystèmes, ainsi que les mesures d’adaptation toujours plus coûteuses et difficiles à mettre en œuvre.

Dans ce troisième volet du rapport, intitulé « Changement climatique 2022 : atténuation du changement climatique ». , le GIEC détaille les mesures envisageables pour réduire nos émissions de GES, responsables du réchauffement climatique. Dans tous les secteurs, il existe en effet des solutions pour « réduire au moins de moitié les émissions d’ici à 2030 », à un coût raisonnable.

Pour ce rapport, 278 chercheurs de 65 pays ont analysé plus de 18 000 études scientifiques, en étudiant différentes mesures climatiques, leur potentiel de réduction des émissions, leurs coûts, leurs impacts sur les inégalités, le développement des sociétés ou encore la biodiversité.

« Nous nous trouvons à la croisée des chemins. En prenant les bonnes décisions aujourd'hui, nous pouvons garantir un avenir vivable. Nous disposons des outils et du savoir-faire nécessaires pour limiter le réchauffement. » Hoesung Lee, le président du GIEC

 

Principaux enseignements du rapport du GIEC sur l’atténuation du changement climatique

Les émissions mondiales de GES ont augmenté continuellement depuis 1850, et ont atteint leur record sur la dernière décennie. Depuis 2010, le rythme a toutefois ralenti : les émissions ont augmenté en moyenne de 1,3% par an entre 2010 et 2019, contre 2,1% entre 2000 et 2009. La demande en énergie a été réduite dans quasiment tous les secteurs, sauf pour les bâtiments résidentiels.

Les émissions ont augmenté en raison de la hausse de l’activité humaine, dans les cinq grands secteurs : production d’énergie, industrie, transport, agriculture et bâtiments. Une part croissante de ces émissions est attribuée en particulier aux zones urbaines.

Les émissions sont inégalement réparties dans le monde, et dépendent largement des niveaux de revenus. Si elles ont augmenté « dans la plupart des régions du monde », les émissions varient d’une région à l’autre, « de 2,6 tonnes à 19 tonnes de CO² par an en moyenne », rappelle le GIEC. Les pays les moins développés totalisent des émissions par habitant moins importantes (1,7 tonne de CO2 par an) que la moyenne mondiale (6,9 tonnes) : « les 10% de ménages les plus riches représentent entre 36 et 45% des émissions", précise le rapport.

Les trois prochaines années seront décisives. Pour limiter le réchauffement à 1,5 °C (par rapport à l’ère préindustrielle), les émissions mondiales de GES devraient atteindre leur pic au plus tard avant 2025, puis diminuer de 43 % d'ici à 2030 et de 84% d’ici 2050, avance le GIEC.  Il faudrait une réduction également d’environ un tiers du méthane.

Le coût de l’inaction « dépasse » le coût de l’action. Plusieurs technologies bas carbones sont devenues compétitives en dix ans, avance le GIEC : par exemple la production d’électricité à partir d’énergie solaire, dont le coût a baissé de 85% entre 2010 et 2019, ou celle d’énergie éolienne (-55%). « Une des conclusions robustes de ce rapport, c'est que le coût de l'action est moins important que le coût de l'inaction. La réduction de nos émissions est un investissement, qui à long terme, vaut le coup » explique notamment Céline Guivarch, directrice de recherche au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (Ciredet coautrice du rapport (franceinfo, 5/04/22).  

 

Des solutions existent pour réduire nos émissions d’ici 2030

« Nous pourrions réaliser un énorme potentiel de réduction des émissions » explique notamment Priyadarshi Shukla, coprésident du groupe de travail qui a écrit ce rapport. « Les bons choix en matière de politique, d’infrastructures et de technologies » permettraient « de réduire les émissions de 40 à 70% d’ici 2050 ». Avec des changements de mode de vie qui « peuvent améliorer notre santé et notre bien-être ».

Les experts ont évalué les politiques publiques, mises en place ou qui pourraient être déployées, pour réussir à réduire significativement nos émissions. Des transformations systématiques sont attendues dans chaque secteur, en agissant à la fois sur les modes de production, de technologies, d’infrastructures et d’organisations sociales.

Des transformations majeures nécessaires dans la production d’énergie, l’industrie, les transports, les bâtiments et l’agriculture

Pour le secteur industriel (qui représente un quart des émissions mondiales), il est nécessaire d’avoir « une utilisation plus efficace des matériaux », de réutiliser et recycler davantage. Il faudrait en outre « adopter des nouveaux procédés de construction, décarboner la production d’électricité », rappelle en particulier le GIEC. La demande en énergie et en matériaux de base (acier, matériaux de construction, produits chimiques) doit être fortement réduite, et les innovations bas carbones déployées à grande échelle.

S’agissant des transports (15% des émissions), plusieurs solutions existent pour limiter les déplacements (de personnes et de marchandises) : réduire la demande de transports (augmenter le télétravail, favoriser la dématérialisation, limiter l’étalement urbain, etc.) ; favoriser les modes de déplacements les moins polluants – les transports en commun, les mobilités dites « actives » (marche, vélo, etc.) – tout en réduisant la place de la voiture en milieu urbain (pistes cyclables, trottoirs par exemple).  Ces mesures climatiques contribuent aussi à la réalisation d’objectifs sociaux, comme l’amélioration de la qualité de l’air et de la santé, l’accès aux transports, etc.

Les bâtiments (environ 6% des émissions), les villes et les aires urbaines offrent en particulier un potentiel « non négligeable » de réduction des émissions. On peut diminuer la consommation d’énergie en rénovant les bâtiments, en adoptant des énergies renouvelables bas carbone (éolien, photovoltaïques, etc), en créant des villes « plus compactes et propices à la marche ». Les villes devraient disposer également davantage d’espaces naturels (espaces verts et zones humides) pour augmenter leur capacité de stockage du carbone.

Pour décarboner le secteur de l’agriculture, des forêts et de l’utilisation des sols (22% des émissions), le GIEC évoque également plusieurs mesures d’atténuation possibles, entres autres : la préservation de la biodiversité ; la restauration des forêts et des autres écosystèmes naturels, la baisse de la déforestation ; la gestion durable des cultures et des élevages ; la réduction des pertes et des gaspillages de nourriture ; l’adaptation au changement climatique…  Toutes ces solutions permettent de réduire les émissions du secteur, tout en augmentant sa capacité de stockage du carbone.

Les investissements sont « trois à six fois inférieurs » au niveau nécessaire pour limiter le réchauffement à 2°C

Pour mener à bien ces transformations majeures – la réduction importante des énergies fossiles, le développement des énergies renouvelables, l’amélioration de l’efficacité énergétique, ainsi que les modifications des modes de vie – des investissements forts sont nécessaires. Aujourd’hui, « les flux financiers privés et publics vers les énergies fossiles » demeurent « plus importants que ceux pour l'adaptation et l'atténuation du changement climatique". Les financements annuels devraient être "trois à six fois plus importants que les niveaux actuels" pour respecter les objectifs de l'accord de Paris, conclue le GIEC.

 

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Publiée le 05.04.2022 - Modifié le 06.04.2022
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(GIEc)
Changement climatique 2022 - 3ème volet du rapport du GIEc