Transition écologique

Manifeste pour la transition écologique

Les Conseils régionaux de l'Ordre des architectes des régions Auvergne-Rhône-Alpes, Corse, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur signent un manifeste pour la transition écologique.
Maison individuelle à Castillon
(© photo : Sylvain Mille / Archicontemporaine.org)
Maison individuelle à Castillon - V2S Architectes

 Dérèglements climatiques

 L’urgence climatique est là. Collectivement, nous avons tous une responsabilité : les politiques qui font la ville et les territoires, les architectes avec les problématiques de leurs territoires et, plus largement, les bâtisseurs, décideurs locaux, qui sont aussi des « politiciens programmistes de la ville », et tout autant, bien sur, les citoyens, les habitants…

 Le bâtiment représente 43% des consommations énergétiques nationales, loin devant le secteur des transports (31,3%), et près de 25% des émissions de CO2 (1).

 Toutes les régions du monde connaissent des catastrophes liées au climat, de plus en plus fréquentes, et de plus en plus violentes. Tous les pays, tous les territoires, toutes les villes sont touchés. Les effets du dérèglement climatique sont partout visibles. Pour ne plus avoir à les subir de front, la transition écologique s’impose, elle n’est plus négociable.

 A l’heure de la crise des gilets jaunes et du Grand Débat National, à l’heure de l’épuisement des ressources fossiles (pétrole, gaz), naturelles (eau, sable) et des espaces agricoles et nourriciers, les architectes -où qu’ils se trouvent- doivent investir leur rôle sociétal et prendre leur part dans la conception et la gouvernance de la ville et des territoires aux côtés des décideurs locaux. Enrayer les conséquences néfastes du dérèglement climatique en réduisant la pollution de l’air, améliorer la santé et sortir de la dépendance au pétrole pour mieux vivre ensemble, améliorer la qualité d’usage, assumer la densité… autant de mots qui doivent se traduire dans les faits. Le temps des discours lénifiants est passé, agissons !

 Qui mieux que l’architecte pour accompagner le changement ?

 Comme l’automobile ou une certaine forme d’agriculture, le bâtiment est une activité polluante, et le mitage des territoires, avec ses flux de mobilités automobiles, a créé la crise que l’on connaît aujourd’hui.

 Or, les architectes figurent parmi les quelques professions bien placées pour amorcer les changements profonds nécessaires, apporter leurs contributions à la prévention, voire à la résolution des méfaits du dérèglement climatique, notamment dans les domaines de la rénovation des bâtiments, de l’évolution des modèles urbains et leur influence sur les transports quotidiens, l’économie circulaire et la réduction des déchets du bâtiment (2).

 Reconstruire la ville sur la ville, l’architecte sait faire. L’habitat de demain est déjà là : la rénovation des bâtiments existants est incontournable dans nos sociétés de plus en plus citadines. Et elle est source d’activités économiques pour le tissu local, créant des emplois non délocalisables.

Mais la rénovation mérite une expertise : le « bricolage » peut engendrer des pathologies, dégrader un bien de manière définitive…

 Par son intervention, l’architecte et son équipe de maîtrise d’oeuvre (bureaux d’études, experts, etc.) sont en capacité d’améliorer la santé des habitants, le confort de vie(3), les modes de déplacement quotidien, et même ramener la biodiversité en milieu urbain ou encore former les utilisateurs aux bâtiments construits avec de nouveaux usages, dans le cadre d’une véritable Assistance à Maîtrise d’Usage.

 Sa valeur ajoutée, c’est son regard, porté dès le diagnostic de l’ouvrage à rénover, son analyse à la fois patrimoniale, réglementaire, urbanistique, technique… Pour chaque ouvrage, l’architecte propose des solutions de rénovation et d’aménagement adaptées et pertinentes permettant, au-delà de la performance environnementale des bâtiments et des économies d’énergies, d’améliorer le bien-être des habitants et usagers, mais aussi d’augmenter la valeur patrimoniale d’un bien.

 L’architecte peut changer les choses

 Pour devenir un acteur incontournable de la transition écologique, la profession doit combler rapidement ses éventuels manques, enrichir ses compétences et développer ses savoir-faire en se formant en continu tout au long de sa vie professionnelle, pour faire face à l’urgence environnementale.

 Les architectes doivent rester de bons généralistes, avec leurs spécificités, et travailler avec les autres acteurs de l’acte de bâtir. La transversalité et la pluridisciplinarité sont fondamentales pour le geste juste.

 La profession doit se préparer à l’entrée en vigueur de la réglementation énergétique RE 2020, savoir prescrire les matériaux biosourcés à bon escient, apprendre à concevoir ou réhabiliter de manière plus pérenne, prévoir la réversibilité des bâtiments, raisonner en coût global à long terme, savoir dire non aux programmes favorisant l’étalement urbain ou au tout polystyrène…

 Les concepteurs doivent apprendre, avoir le courage de modifier leurs prescriptions et être force de conviction auprès de leurs commanditaires publics et privés. Ils doivent prescrire différemment dans de nouvelles pratiques vertueuses. Intégrer les enjeux environnementaux dans l’acte de bâtir doit devenir un code d’honneur pour l’architecte.

 L’architecture fera partie de l’écosystème où nous sommes tous liés. L’intérêt public de la création architecturale, consacré par la loi sur l’architecture, doit passer avant tous les intérêts privés.

Le 10 juin 2019

 


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1. Source : ministère de la transition écologique et solidaire (8/12/2016)
2. En 2012, les activités du bâtiment et des travaux publics ont généré 246 millions de tonnes de déchets, soit près de 75% des déchets produits en France, selon le ministère de la transition écologique et solidaire.
3. 54% des ménages vivant dans des villes françaises de plus de 50.000 habitants se déclarent gênés par le bruit, selon le ministère de la transition écologique et solidaire. La mauvaise qualité de l’air intérieur en France entraîne un coût induit de près de 20 milliards d’euros par an, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) et l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI).

Contribution -
Publiée le 09.07.2019 - Modifié le 12.07.2019