
Christophe Millet, président du Conseil national de l'Ordre des architectes
Dans une tribune publiée dans le Magazine des géomètres-experts de décembre 2025, Christophe Millet, président du Conseil national de l’Ordre des architectes, appelle à faire de la rénovation un véritable projet de transformation du bâti et des territoires - au-delà des seuls gestes techniques - afin de garantir la qualité architecturale, la sécurité des usagers et la cohérence de l’ensemble des interventions

Christophe Millet, président du Conseil national de l'Ordre des architectes
La France fait face à un défi majeur : adapter l'ensemble de son bâti aux bouleversements climatiques et aux évolutions sociales, naturellement liés. Cette transformation est inévitable.
Elle impose d'assumer collectivement une priorité nationale : le chantier de mutation des territoires. Nous avons longtemps considéré la rénovation comme une addition de gestes techniques. C'est une erreur stratégique.
Réhabiliter, c'est transformer en profondeur : repenser les usages, intégrer les nouveaux équipements énergétiques, installer les dispositifs de ventilation, de chauffage, de production d'énergie renouvelable. Or, ces interventions, si elles ne sont pas pensées dans leur cohérence d'ensemble, peuvent fragiliser le bâti, altérer sa performance, voire mettre en danger ses usagers. C'est pourquoi la dimension architecturale, garant de la qualité et de la sécurité des opérations, n'est pas une option : c'est une condition de réussite.
Le système actuel des autorisations d'urbanisme, conçu autour du permis de construire et de la déclaration préalable, n'est plus adapté aux enjeux contemporains. Il est devenu à la fois complexe, illisible et, paradoxalement, insuffisant. Comment justifier qu'une façade entièrement recomposée sur une tour de bureaux de 200 m puisse être réalisée via une simple déclaration de travaux, quand la construction d'une pergola de 21 m2 hors zone PLU nécessite un permis complet ?
Cette incohérence pénalise les collectivités, surcharge les services instructeurs, et conduit à des niveaux de conformité inquiétants. Nous devons changer de paradigme : sortir d'une culture de l'instruction pour entrer résolument dans une culture de la conformité. Cela implique un cadre clair, unifié, lisible, qui sécurise les projets et oriente réellement la qualité architecturale.
L'enjeu n'est pas uniquement technique. Il est culturel, territorial, économique. Standardiser la rénovation sans regard architectural, c'est prendre le risque d'un appauvrissement profond de nos paysages.
Or, l'attractivité d'un territoire - son économie, son rayonnement, sa capacité à accueillir - dépend de la qualité de son cadre bâti. L'accélération indispensable de la rénovation ne doit pas se traduire par la banalisation de nos villes et de nos villages. Les 30 000 architectes répartis en France sont prêts. N'attendons pas. Faisons!
Christophe Millet, président du Conseil national de l'Ordre des architectes
NOVENDI N° 4 - DÉCEMBRE 2025
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