Faire appel à l’innovation et la créativité plutôt qu’à l’approche technocratique


Intervention de Laurence Croslard
Vice-Présidente du Conseil National de l’Ordre des Architectes
FEDERE 2005 – Les Echos Conférences
1er avril 2005

1) Le développement durable appliqué à l’architecture et à l’urbanisme…

Le constat : Une remise en cause des pratiques de construction antérieures, car elles sont…

  1. « Energivores »
  2. Coûteuses en maintenance
  3. Destructrices de lien social
  4. Risquées pour la santé

Le défi : Créer un habitat accessible et viable, qui …

  1. Favorise les solidarités
  2. En permettent la diversité et la mixité sociale
  3. Soit économe en ressources
  4. Tout au long de son cycle de vie
  5. S’intègre dans un environnement sain
  6. Tout en étant « dans son temps »

> Le moyen : Redonner à l’architecte son rôle d’acteur engagé dans la société… et dans son temps


2) Faut-il nous adapter par la contrainte ou le volontariat ?

Certes, nous disposons de solutions techniques proposées par les industriels : cf. nouveaux matériaux et processus (énergie, isolation…). On peut réglementer plus, normaliser encore et encore et encadrer plus que jamais. On peut aussi faire payer ceux qui ne mettent pas l’habitat en conformité pour accélérer le processus d’adaptation.

Mais à la place de ces voies contraignantes, on peut aussi créer une démarche de progrès collectif dans lequel chacun prendrait sa part, par le dialogue, l’incitation, et le partage des connaissances; dans lequel l’innovation, la créativité et les réponses adaptées seraient sollicitées.

> Nous voulons éviter toute dérive des systèmes de normalisation réducteurs, c’est la raison de notre retrait de l’association HQE


3) Nous voulons prendre appui sur tous les « piliers » du Développement Durable

1) le Culturel : Affirmer les principes de « contemporanéité » et d’« identité »; Intégrer la dimension culturelle, porteuse de sens et de bien être; Impliquer les savoirs locaux.
2) le Social : Prendre en compte les modes de vie en constante évolution, et les intégrer dans nos processus de conception. Etre moteur de solidarités nouvelles au travers de projets fédérateurs. Participer à la construction d’un habitat digne pour tous.
3) l'Environnement : Assurer l’éco-efficience (réduction des déchets, des rejets et des impacts et notamment au stade des chantiers, matériaux performants, promotion des énergies renouvelables…); Garantir la prise en charge des impératifs de sécurité et sanitaires d’un projet afin de ne faire courir aucun risque à ses usagers et à l’environnement.
4) l'Economie : Développer une approche en terme de « coût global » intégrant les coûts externes ( programmation, conception, construction, exploitation et maintenance); Prendre en compte les bénéfices collectifs ( utilisation des ressources locales, développement économiques local, incidence des projets).


4) Notre démarche s’inscrit dans une logique d’innovation

Nous entendons défendre et développer dans nos pratiques professionnelles 4 points essentiels :

1) la Concertation et le dialogue : Institutionnaliser le dialogue avec les populations et les parties intéressées dans le cadre de l’élaboration d’un projet; Apporter l’effort pédagogique nécessaire à la compréhension des projets.
2) la Gouvernance : Rendre transparent et accessible le processus de prise de décision de l’élaboration du projet, depuis sa programmation jusqu’à la réalisation; Affirmer la légitimité des architectes, du fait de leur devoir de conseil, dans leur capacité à alerter les maîtres d’ouvrage sur les conséquences de leur programme.
3) la Recherche et l'innovation : Accentuer nos efforts de recherche, de développement et d’innovation afin d’accroître notre capacité à répondre aux défis économiques, environnementaux, sociaux et culturels ; Promouvoir les bonnes pratiques au-delà des exigences légales, atteindre des objectifs plutôt que répondre à des normes.
4) le Long terme et le respect des générations futures : Envisager le devenir de tout ouvrage, au regard des générations futures et de l’utilité sociale également. Evaluer dès la phase de conception les capacités de flexibilité et d’adaptabilité de l’ouvrage projeté.

> Affirmer des pratiques et des valeurs plutôt que des critères techniques pour obtenir un résultat plus durable


5) Comment améliorer la prise en compte effective du Développement Durable

  • Inscrire l’engagement de développement durable dans le Code des Devoirs Professionnels des Architectes
  • Proposer une Charte de Développement Durable au maître d’ouvrage, pouvant être annexée au contrat, et rappelant les engagements réciproques
  • Mettre en place une plate-forme d’échanges de bonnes pratiques et d’expériences (Animation d’un Forum « Experts », Les Architectes au cœur du Développement Durable, ouverture d’un portail Internet dédié)
  • Adapter et encadrer les formations initiales et continues données aux architectes en matière de développement durable

> C’est l’objet des travaux de la Commission permanente Développement Durable à l’Ordre des Architectes