Voeux 2014 de Catherine Jacquot

Catherine Jacquot, présidente du Conseil national de l'Ordre, a présenté mercredi 15 janvier les voeux de l'Institution. Lire le discours.

Catherine Jacquot, présidente du Conseil national de l'Ordre, a présenté mercredi 15 janvier les voeux de l'Institution.


VŒUX 2014 de CATHERINE JACQUOT
Présidente du Conseil national de l’Ordre des architectes

Depuis les ouvrages fondateurs d’Alberti et de Thomas More, les théories de l’architecture, flirtant avec l’utopie, définissent deux grandes procédures de fabrication de la ville quelque peu antinomiques : la règle générative, ouverte à la demande et aux désirs des utilisateurs et le modèle déterministe qui a pour but de s’imposer comme étant le meilleur pour tous. Hésitant entre les périls de la démocratie, sa précarité qui demande une constante réévaluation dans le temps, et le meilleur des mondes d’une totalité qui s’impose à travers des mécanismes idéologiques et économiques dominants, le débat perdure et nous le retrouvons dans les projets de lois en 2014 sur la rénovation de l’urbanisme et la construction des logements.

Quand la règle cesse-t-elle d’être le cadre du bien vivre ensemble qui permet l’expression de la citoyenneté et l’épanouissement de l’intérêt général ? Quand devient-elle carcan et modèle ?
Comme lorsque chaque pièce d’un logement est en quelque sorte pré-dessinée par les règles qui s’y appliquent ; ou lorsque, sur tout un quartier, on impose les mêmes règles d’urbanisme stéréotypées, les mêmes coefficients d’occupation des sols, sans lien avec la réalité construite ; ou lorsqu’on construit un lotissement de maisons individuelles implantées, chacune au milieu de sa parcelle, toutes identiques, desservies par une voie en impasse loin des centres et des services, modèle s’il en est généré par l’automobile et l’économie foncière, reproduit des milliers de fois, qui défigure nos paysages, crée des ghettos figés dans le temps.

C’est tout le rapport entre la règle et le projet qui s’inscrit là.
Comment établir un juste rapport entre espaces publics et privés (la privatisation de l’espace public par la création de domaines fermés de plus en plus vastes, comme le sont les grandes emprises commerciales et résidentielles, se développe), qui autoriserait l’évolution et le renouvellement des villes ? Un urbanisme du XXIème siècle est à construire qui rompt avec l’urbanisme du découpage foncier et du droit des sols issu du temps où la France était essentiellement rurale.
La loi en cours pour un urbanisme rénové à laquelle les architectes apportent leurs contributions s’inscrit dans cette démarche. Nous sommes favorables à l’intercommunalité, à la préservation des terres naturelles à toutes les propositions qui vont dans le sens de l’écologie du territoire, mais l’Etat et les collectivités locales se donneront-ils les moyens d’y parvenir ?
Je fais le vœu de l’emploi des compétences et de l’investissement dans la réflexion et les études concrètes sur la ville pour rendre accessibles à tous : ses services, ses transports en commun, sa culture….
Je fais le vœu que sur tout le territoire se mettent en place les équipes et les moyens pour concevoir les quartiers de demain impliquant les citoyens.

Nous sommes favorables à l’objectif de construire 500000 logements par an pour lequel le ministère a initié quatre groupes de travail auxquels nous participons activement.
Des millions de mal-logés ne trouvent pas en France un logement décent. Chacun sait que c’est un frein à l’éducation et à l’emploi.

Elaborons des règles urbaines et constructives qui servent des objectifs d’usage pour le bien commun.
Des gisements de constructibilité existent dans tous les territoires péri-urbains qui entourent nos villes où la crise du logement est la plus forte. Des économies substantielles peuvent être réalisées par la suppression de règles et normes inutiles au regard de l’enjeu de la construction de millions de logements.
L’urgence est là, prenons la de haut : soyons économes, écologiques et efficaces. Je fais le vœu d’un pacte de confiance entre les pouvoirs publics, les citoyens et les acteurs du cadre de vie : architectes, paysagistes, urbanistes…

Le processus de conception et de réalisation des bâtiments et des espaces publics doit être vertueux et équilibré. Or il est négligé, la maîtrise d’ouvrage délègue de plus en plus ses compétences à des partenaires financiers dans les différentes procédures qui se développent en dérogation de la loi MOP : PPP, conception réalisation, SEM contrat, mais aussi VEFA auxquelles ont recours de plus en plus de bailleurs sociaux, inféodant l’architecture et le projet à des objectifs où l’intérêt général n’est plus garanti, et rendant difficile l’exercice de la maîtrise d’œuvre selon ses règles propres de qualité et d’éthique.
Je fais le vœu d’une maîtrise d’ouvrage forte et d’une maîtrise d’œuvre indépendante au service de la qualité des projets.

On ne peut tout attendre de la loi et les architectes doivent renforcer leurs exercices. Face à la privatisation de la commande, aux évolutions de la société, les architectes ne peuvent plus exercer de la même façon que lorsque la commande émanait essentiellement de l’Etat et des collectivités locales. Elle s’est complexifiée, les rôles des différents acteurs ont évolué. Les outils ont transformé les modes de conception. L’enseignement et la recherche ont un rôle primordial à jouer. Les métiers de l’architecture sont en constante évolution et les architectes doivent se former en permanence pour garder leur position de concepteur maîtrisant l’ensemble du processus de construction jusqu’à sa réalisation.
Nous allons travailler à la mise en place de liens étroits avec les Ecoles sur les contenus des enseignements et l’habilitation à la maîtrise d’œuvre pour un enrichissement mutuel.
Je fais le vœu d’une profession exigeante pour elle-même, ouverte pour les jeunes architectes, pour un enseignement qui prône un exercice plus collectif dans les agences et avec nos partenaires.

Face aux évolutions de la commande, nous avons plusieurs chantiers à engager :
La commande publique a ses règles sur lesquelles il faut sans cesse rester vigilant. Les commissions des marchés publics créées dans de nombreuses régions forment une veille juridique indispensable, qu’il faut amplifier. La commande privée en revanche est assez largement méconnue.
Il est important d’en définir le périmètre et les conditions de son exercice tel qu’il existe. Il est polymorphe, depuis la commande du particulier pour la construction d’une maison individuelle jusqu’au promoteur ensemblier qui construira un quartier de ville. Quel rôle pour l’architecte, comment intervient la puissance publique, quel rôle a le citoyen, existe-t-il une maîtrise d’usage ?
L’ « observatoire de la profession » pourra être un outil important de connaissance de cet état de fait. Je souhaite que nous connaissions mieux ce champ d’intervention de l’architecte qui représente 70% de l’activité de la profession.
Nous pourrons mieux en définir les modalités et établir avec les commanditaires privés (associations, promoteurs…) un guide de la commande privée qui aurait la vertu, par une définition des missions, de leur importance, du rôle précis de l’architecte rappelant les obligations auquel il est tenu, assurance, déontologie, conseil etc.., de valoriser nos prestations à leur juste coût.

L’inscription au Tableau ne suffira pas à garantir au public la compétence des architectes si ceux-ci ne renforcent pas leurs exercices en moyens et en compétences. Et la qualité architecturale ne saurait être garantie si l’Institution ne rassemble pas tous les architectes qui y concourent, architectes salariés des CAUE, des collectivités locales, Architectes des Bâtiments de France, Architectes-Urbanistes de l’Etat, tout ceux qui, avec les architectes praticiens oeuvrent sur tout le territoire pour améliorer la qualité de notre environnement, de nos paysages, de nos constructions, du cadre bâti ordinaire.
Je fais le vœu d’une Institution ouverte représentant les métiers de l’architecture, d’une représentation des architectes rassemblée, efficace démocratique, qui porte au nom de tous les architectes, notre ambition pour l’architecture, la ville, le territoire.

Une loi nouvelle sur le patrimoine est en cours au ministère de la Culture. Ce texte rapproche le patrimoine de l’architecture vivante en faisant la promotion d’une architecture contemporaine de qualité, modifiant le code du patrimoine et le code de l’urbanisme.
Il pourrait empêcher la démolition d’œuvre architecturale, que ce soit la halle de Fontainebleau ou les beaux logements d’un grand ensemble.
Il préserverait le patrimoine du XXème siècle sans cesse menacé et favoriserait la création contemporaine.
Il instaure le conseil obligatoire pour les particuliers dans les communes bénéficiant d’un patrimoine protégé, renforçant le rôle des CAUE.

Nous avons donné un premier avis sur ce projet et je fais le vœu, là aussi, que cette loi voit le jour rapidement.

Puisqu’en architecture l’utopie est toujours là, source d’inspiration et stimulante dans son inaccessibilité, je fais le voeu de notre réussite collective : pour que les pouvoirs publics dans les lois en cours, ne viennent pas affaiblir le principe fondateur de la loi de 77 sur l’intérêt public de l’architecture et sur la mission de service public de l’Ordre, et pour que le public soit sensible aux démarches vertueuses qui favorisent la qualité architecturale. Je fais le vœu que cessent les dérogations multiples à la loi et que le recours à l’architecte obligatoire soit aussi souhaité et promu.
Je fais le vœu que chacun ait un habitat digne dans un cadre de vie solidaire qui satisfasse aux trois préceptes d’Alberti dans le De re Aedificatoria décidément toujours actuels: la nécessité, la commodité et le plaisir : le beau et le bien commun.
C’est pour réunir tous ceux qui aiment l’architecture et qui savent l’importance de son rôle social que nous vous invitons à Marseille les 16 et 17 Octobre pour la première session des Universités d’été de l’architecture. Elles se poursuivront par les 24 heures d’architecture organisées par le Réseau des maisons de l’architecture.

 

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Publié le 16.01.2014
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