Retour sur la table ronde "Réhabilitation des centres anciens" à Avignon

Le vendredi 16 novembre 2018, la séance du conseil délocalisée à Avignon s’est concentrée sur la réhabilitation des centres anciens, face au drame de la rue d’Aubagne dans lequel deux immeubles se sont effondrés sur huit femmes et hommes, le lundi 5 novembre.
Le 29 novembre 2018
Table ronde CROA PACA Avignon 161118

Une table ronde s’est donc tenue, avec Cécile Helle, maire d’Avignon, les architectes de Vaucluse qui ont répondu à l’invitation du CROA, Régis Rioton, trésorier du Conseil national de l’Ordre, et les conseillers du CROA.

En tribune, François Gondran, conseiller pour l’architecture et les espace protégés à la DRAC PACA, Philippe Huet, ingénieur structures à Avignon, Michel Escande, architecte du patrimoine à Avignon et Raphaëlle Segond, architecte à Marseille, ont conduit le débat.

 

« Le drame de la rue d’Aubagne, qui est bien-sûr révoltant face à la mort d'innocents, place les architectes devant une question sociale, mais pour un architecte du patrimoine, l’effondrement d’un bâtiment ancien c’est aussi toute une intelligence de la ville qui tombe en poussière. Après la dévastation viendra la reconstruction or le risque lorsqu’on fait de la réhabilitation, c’est la tentation de la « tabula rasa » introduit François Gondran. Or il faut ré-installer les populations dans un centre plus sûr, leur centre historique, qui est avant tout un lieu de mémoire. Bien penser la restauration de la ville après un tel drame relève d’une responsabilité collective, et plus encore d'une réflexion collective.

 

Il faudra raisonner en terme d’unités de voisinage pour apprécier les conséquences des désordres d’un immeuble sur ses voisins immédiats et sur l’îlot tout entier, et envisager la réhabilitation sous tous ses aspects, sociaux, culturels et énergétiques, à l’échelle de l’îlot.

Ces unités doivent être surveillées périodiquement par des architectes et des ingénieurs, comme c’était le cas au XIXe siècle : « quand on construisait un immeuble, on suivait son évolution », rappelle Daniel Fanzutti, architecte à Avignon, faisant référence à Charles Garnier, encore architecte de l'Opéra pour son entretien, trente ans après sa construction.

 

L’architecture contemporaine a toute sa place dans la réhabilitation de l’habitat ancien, pour renforcer le bâti, apporter le confort nécessaire à la vie moderne, intégrer des innovations en matière de logement, des typologies diversifiées. La rénovation du patrimoine est compatible avec des innovations judicieuses. Ce qui est à privilégier, c'est l'usage.

 

L’habitat ancien peut accueillir des éléments architecturaux contemporains pour conforter le bâti et apporter le confort nécessaire à une vie d’aujourd’hui : des ascenseurs, des typologies de logements diversifiés et des espaces publics adaptés aux piétons qui permettent de redécouvrir la ville, comme ceux réalisés par la mairie d’Avignon.

 

Les aides en vigueur pour la réhabilitation des centres anciens ne permettent pas aux propriétaires occupants pauvres d’entretenir leurs biens, déplore Philippe Huet, elles profitent aux investisseurs qui conçoivent le logement comme un produit rentable sur des petites surfaces, les conséquences de cet investissement empêchent la diversité des populations et la vie collective et animée qui est le principal attrait de ces quartiers pourtant sinistrés.

 

La Maire d’Avignon a bien perçu la problématique des logements vacants dans le centre historique, le maire a cependant peu de pouvoir pour éviter que ceux-ci ne soient captés par des investisseurs. Une discussion est possible avec les promoteurs, pour les convaincre de faire un autre choix que celui de la seule défiscalisation. Cécile Helle souligne aussi que la question des copropriétés dégradées des années 60-70 est aussi une problématique majeure.

 

La réhabilitation des centres anciens ouvre la profession vers de nouvelles pratiques, thème qui devait être initialement débattu, l’actualité nous l’impose et nous oblige à apporter des solutions pour et une volonté d’habiter la ville de manière intelligente, collective, et reliée à une mémoire de la ville assumée. Le débat ne fait que commencer.

Publié le 29.11.2018 Par CROA PACA
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Table ronde "réhabilitation des centres anciens" le 16 novembre 2018 à Avignon