“Réinventer Paris”, ou le piège des architectes

Dans une interview donnée à Télérama, Catherine Jacquot critique l'opération "Réinventer Paris", menée par la Ville de Paris, en rappelant que "faire travailler les gens gracieusement n'est pas responsable".
Le 09 février 2016
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Catherine Jacquot répond aux questions de Luc Le Chatelier, journaliste de Télérama :
 

L'ordre des architectes, s'en prend au « cynisme » d'Anne Hidalgo qui, avec l'opération « Réinventer Paris » exploite la misère des architectes et les oblige à travailler gratuitement.

Que reprochez-vous à l'opération Réinventer Paris, menée par la Ville de Paris sur vingt-trois sites qu'elle possède ?

La Ville de Paris, qui mène depuis longtemps une vraie politique qualitative en matière architecturale et urbaine, donne l'impression soudaine d'oublier tous ses principes vertueux au profit d'une vaste opération de communication. Réussie, d'ailleurs, je ne le nie pas. Mais qui ne respecte pas le travail de l'ensemble des professions qui ont participé à cette consultation. La plupart des équipes, il faut le rappeler, n'ont pas été payées ! Des milliers de gens ont travaillé pour rien. Bien sûr, la Ville se défend en disant que c'est une consultation de projets de valorisations foncières menés par des promoteurs privés. Ce qui est légalement vrai, mais philosophiquement irrecevable.

Quelle est la règle habituelle dans un concours public ? 

Quand on veut construire quelque chose, on se situe dans le code des marchés publics, encadré par des règles européennes, et on organise soit un concours, soit ce qu'on appelle des « procédures adaptées » pour les petites opérations. Il y a des règles à respecter...

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Publié le 09.02.2016
5 commentaires

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Tout est dit, sans corporatisme, avec dignité. Félicitations.

Bravo Catherine,

Incisif et trés bien dit

Continuons le combat pour l'architecture !

Neus essayons d'y participer localement

Donne nous le mail sur le quel tu voudrais recevoir les infos de DEVENIR comme tu en avais parlé à Régis Chaumont 

Bien à toi

Pascal CLEMENT  architecte à Aix

 

Merci Mme Jacquot pour cette entrevue et cette mise au point.

Si  je puis me permettre, je dirais que faire travailler les gens gratuitement, au-delà du fait que ce n'est pas responsable, c'est d'abord "pas humain". 

Il y a deux situations de travail non rémunéré : le bénévolat et l'esclavage. 

La situation catastrophique des architectes en France est malheureusement fabriquée par les archiectes eux-mêmes; car accepter de travailler sans être payé c'est déjà ne pas reconnaître la valeur de son propre travail. Alors comment faire reconnaître cette valeur par autrui?

Sauf erreur de ma part, le code des marchés public stipule que toute prestation intellectuelle doit être rémunérée. Rares sont les appels d'offres qui respectent ce point, à commencer par ceux qui demandent une notice méthodologique sans aucune rémunération.

Et que faire et que dire des concours comme Europan qui non seulement ne rémunèrent pas les architectes mais de plus sont payants !

Prévenir vaut mieux que guérir. Peut-être faudrait-il que des interviews comme celle-ci aient lieu avant le lancement d'opérations "grandioses".

Si les architectes qui pratiquent le dumping sont sanctionnées par l'ordre, pourquoi pas ceux qui acceptent de travailler gratuitement pour des consultations comme Réinventer Paris? Et pourquoi ne pas déposer un recours contre la ville de Paris, finalement?

Bien confraternellement.

Merci de nous défendre ! Mais peut-être faudrait-il aller plus loin.

En effet, ce type de concours, sur le long terme, est un très mauvais signal envoyé au public, aux élus, aux promoteurs.

D’accord, cela nous permet de prouver que nous sommes « innovants » et que nous savons faire de « belles » images.

Mais sans argent, comment peut-on faire tout ça ?

Je serais bien incapable de citer une seule profession ordinale, en France, qui accepterait de travailler gratuitement à des niveaux de prestations aussi élevés.
Peut-être que certains partenaires, ou promoteur philanthrope, ont rémunéré sur ce concours leurs architectes, mais cette clause n’étant pas obligatoire ni encadrée, je ne suis pas sûr que tout le monde l’ait fait et je suis encore moins sûr qu’ils aient proposé des honoraires convenables.

J’ai entendu certains confrères dire que ces concours permettaient aux « jeunes » de se montrer… Perrault, Ferrier, Chipperfield, Ory, Lion, Viguier et consort,  jeunes ?? Je n’ai rien contre ces agences, mais de là à dire que la place aux jeunes existent ! Et quels « jeunes » peuvent se permettre de faire un travail de cette ampleur sans rémunération ? Restons sérieux !

Merci de nous défendre et de faire en sorte que ces concours soient mieux encadrés. Qu’on ne brade pas nos savoir-faire et notre expertise aux plus cyniques ou il ne nous restera plus rien. La loi de 1977 ne nous protégera pas éternellement...

Soyons vigilants car la Ville de Paris va très certainement relancer l’opération dans un futur proche pour « Ré-inventer la Seine » !

Il en va de l’avenir de notre profession.

En tout cas, en ces temps difficiles, bon courage à toutes et à tous !

Attention  à la chirurgie  esthétique  sur  la figure  de Haussmann 

www.rommelaere-architecte.com 

© Jacques Ferrier et chartier dalix architectes
Projet Ternes par JFA et Chartier Dalix Architectes dans le cadre de Réinventer Paris.