"Quel désir d’architecture aujourd’hui ?"

Tribune - Christine Leconte, présidente du Conseil régional de l'Ordre d'Ile-de-France, publie dans AOC Media une analyse du "désir d'architecture" dans la société, à l'heure de l'examen par le Parlement du projet de loi Elan. "Quand on lit la loi Elan, le rôle des architectes est relégué au second plan."
Le 17 avril 2018
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Voici le texte publié le 12 avril dans AOC Media :

"Présenté il y a quelques jours en Conseil des ministres, le projet de loi « Evolution du logement, de l’aménagement et du numérique » (Elan) entend adapter la construction de logements aux évolutions de la société française et répondre aux importants besoins de rénovation et de transformations écologiques. Gros souci : l’architecture s’y trouve reléguée au second plan.

Nous vivons une époque de progrès technologiques exponentiels, de mutations sociales et de dérèglements climatiques. Dans ce contexte, la France est confrontée à des défis tout à la fois environnementaux, sociaux et économiques, qui ont un impact sur les Français dans leur quotidien. Pollution excessive, mal-logement, transports : tous ces domaines sont en lien avec les choix politiques en matière d’aménagement du territoire. Ainsi, 15 millions de Français subissent aujourd’hui des conditions de logements qualifiées d’anormales par la Fondation Abbé Pierre. Une dégradation à laquelle il est primordial et urgent de répondre. C’est un enjeu phare pour le gouvernement actuel. Cette situation est liée à plusieurs facteurs : la pénurie de logements, leur coût excessif dans les grandes villes où se concentrent les zones d’emploi, le besoin de réhabilitation et d’évolution du bâti existant.

D’autres enjeux viennent s’ajouter : les entrées de ville ravagées par des centres commerciaux quasiment obsolètes, les lotissements qui s’étendent à perte de vue (avec des conséquences écologiques désastreuses : manque de mixité, omniprésence de la voiture…), les centres-villes désertifiés où le bâti abandonné périclite, les conditions de précarité énergétique des ménages liées aux constructions d’après-guerre mal isolées.  Les élus et les professionnels sont en première ligne sur toutes ces thématiques qui engagent, dans leur réussite, la qualité du patrimoine que nous allons léguer à nos enfants.

Ainsi, jamais les Français n’ont autant revendiqué une attention à leur cadre de vie. Le débat se développe dans la société civile, parmi les élus de terrain qui revendiquent, comme c’est le cas pour les centres-bourgs, que l’État les aide à réparer les erreurs commises. Beaucoup de ces sujets relèvent également de ce que les médias grand public appellent délibérément et de manière provocatrice, « la France moche… ».

Il est donc plus que jamais nécessaire de nourrir le dialogue entre tous les acteurs, avec les élus et les habitants au cœur des territoires, et de fabriquer des projets de qualité tous ensemble, en proximité. Et pourtant, quand on lit la loi Évolution du logement et aménagement numérique (loi Elan), le rôle des architectes est relégué au second plan."

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Publié le 17.04.2018
3 commentaires

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Les architectes se désolent que notre société les ait oubliés. Mais ne devons-nous pas d’abord nous interroger nous-mêmes ? Les architectes se sont coupés de la population, en ne cherchant pas sa clientèle. En fait, il n’y a jamais eu de relation normale et large entre la population et nous, alors que nous devrions être l’architecte de la plupart des constructions, grandes ou petites.

Du coup, presque tous nos clients potentiels se tournent vers d’autres professionnels quand ils ont un projet de construction : artisans, CMI, bureau d’études, etc… Par exemple, les architectes ne réalisent que 4 ou 5% des maisons individuelles (en mission complète), alors que c’est le plus grand marché du « Bâtiment ».

La conséquence est que quand certains de ces Particuliers deviennent Directeur des HLM, Maire, voire Ministre, leur « culture architecturale » ne leur tombe pas dessus comme l’esprit saint sur la tête des apôtres : ils gardent évidemment le cliché de l’architecte « optionnel », un luxe dont on peut se passer.

Cette prise de conscience de notre profession se fait petit à petit, j’en vois la progression depuis des années, par exemple quand je lis ici : « En somme, finie l’architecture star, valorisons au plus près de nous les œuvres architecturales du quotidien Mais elle est beaucoup trop ténue, à ce rythme-là, on en a pour 20 ans avant de voir les premiers résultats. Il y a urgence ! Il faut agir concrètement, et non pas rester dans l’exhortation.  

Et pour vouloir vraiment trouver cette clientèle « du quotidien », c’est-à-dire celle des Particuliers (commençons déjà par ne plus avoir peur de le dire, ce sera un progrès), il faut nous bouger et nous remettre (un peu) en question. Il y a des choses à entreprendre.

Ne le craignons pas, c’est passionnant de se remettre en question pour progresser. L’architecture le mérite bien, non ?

Jean-François ESPAGNO

Oui, la commande publique a favorisé la création architecturale ces trente dernières années. Mais elle a également affaibli les architectes en saucissonnant systématiquement les missions de maîtrise d’œuvre confiées à des bureaux d’études spécialistes indépendants dans tous les domaines. Jusqu’à adopter la maîtrise d’œuvre d’exécution - sous-traitante de l’architecte - sur le chantier abandonné par l’architecte lui-même. S’y sont ajouté ces dernières années les certificateurs pour une « qualité virtuelle labellisée sur le papier ».

Notre créativité est intacte, mais nous sommes économiquement trop faible. Il est temps de nous réinventer et de relancer le leadership de l’architecte. Avec les ingénieurs, dans une nouvelle façon de travailler ensemble. Car demain, il faudra notamment livrer des bâtiments dont les performances - thermiques notamment – seront mesurables et devront tenir 10 ans au moins (voir la loi LTE).

D. ERRARD

Pouvez-vous reproduire l'entiéreté de la tribune sur le site de l'Ordre ?

d'avance merci

(Photo © 11h45 / source : Archicontemporaine.org)
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