"Pour une juste rémunération de la maîtrise d'œuvre", par Lionel Carli

Lionel Carli, vice-président du CNOA, répond dans les colonnes du Moniteur à l'article : "Maîtrise d'œuvre et conseil : la CICF lance une opération vérité sur les prix" paru dans le même journal.

Lionel Carli, vice-président du CNOA, répond dans les colonnes du Moniteur à l'article : "Maîtrise d'œuvre et conseil : la CICF lance une opération vérité sur les prix" paru dans le même journal.


Conscients des enjeux que le développement durable porte en lui, les acteurs de la maîtrise d'œuvre se sont mobilisés pour relever ce défi de société.

Nul ne met en doute le rôle moteur des architectes dans la sensibilisation, l’innovation et la recherche dans cette composante essentielle de la construction.
Depuis de nombreuses années le CNOA se bat pour le développement durable, et pour faire reconnaître que les dimensions culturelles et humaines, sont aussi importantes que les technico-économiques qui à elles seules sont insuffisantes pour construire des bâtiments respectant ce savant équilibre entre valeur d'usage, valeur esthétique et valeur "durable".
C'est dans la recherche de ce juste équilibre que s'est toujours développée notre pratique, car les architectes sont porteurs de cette vision globale de la conception.
Au sein de l'équipe de maîtrise d'œuvre concourant aujourd'hui, moins que demain, à la conception de bâti-ments inscrits au cœur du développement durable, ils maîtrisent cette capacité de synthèse.

Il est urgent de reconsidérer le niveau de la rémunération de la maîtrise d'œuvre, pour lui permettre de relever les immenses défis d’aujourd’hui.
Alors que la somme de travail va croissant, de pair avec la responsabilisation de tous les acteurs de la maîtrise d'œuvre, on ne peut que constater une chute importante de leur rémunération globale, que la crise écono-mique actuelle a amplifiée.
Cette crise entraîne les maîtres d'ouvrages à vouloir produire autant mais pour le même prix, alors que les exigences réglementaires se sont renforcées; les entreprises à faire des offres anormalement basses pour résis-ter, alors que la performance de l'ouvrage et sa mise en œuvre sont de plus en plus pointues; la maîtrise d'œuvre subit cette "double peine" – pourcentage de rémunération à la baisse sur une masse de travaux se restreignant (financièrement mais pas techniquement).

C'est toute la maîtrise d'œuvre qui pâtit de cette spirale de rémunération allant à l'inverse de la proportion du travail fourni et de la responsabilité engagée.

Pour servir la qualité de la production des bâtiments post-Grenelle, nous devons tous ensemble sensibiliser la maîtrise d'ouvrage sur cette juste rémunération, au travers la mise en valeur de l’importance des taches et leur valorisation en temps de travail pour chacun des membres de l'équipe de maîtrise d'œuvre.
Cela nous parait plus important que de raisonner en « parts de gâteau » brutes sans référence aux missions à accomplir par chacun.

Vouloir imposer une vision prépondérante de la technique dans la conception des bâtiments par la revendica-tion de la part la plus importante des honoraires est aujourd'hui caricatural et destructeur pour l'ensemble de la maîtrise d'œuvre. Prôner cette prépondérance de la valeur technico-économique de la prestation, et reléguer au second rang les dimensions environnementales, fonctionnelles, patrimoniales, culturelles et citoyennes indissociables du développement durable, portées par les architectes, va à l'encontre de la mise en œuvre du Grenelle et des objectifs que la RT 2012 vise à travers son objectif bioclimatique.

Dans cette hypothèse, la maîtrise d'œuvre se résumerait à un acte strictement économique, sans valeur d'usage, ni esthétique et encore moins environnementale.

Alors que nos élus politiques et que nos concitoyens prennent la mesure des enjeux de société portés par le développement durable, ne nous trompons pas d'objectif, et soyons à la hauteur de leurs attentes.
N'oublions pas que dans un passé récent, ces visions réductrices et tronquées de l'acte de bâtir ont contribué à la production en série de millions de m² de logements, que l'on continue de démolir, alors même qu'ils étaient technico-économiquement viables pour l'époque.
Ils n'ont produit ni bonheur pour leurs habitants, ni patrimoine pour les générations futures…

Lionel Carli
Vice-président du CNOA

 

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Publié le 18.11.2009
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