Pour en finir avec certaines idées reçues sur la formation professionnelle continue

"Je n’ai pas le temps de me former", "je me forme par mes propres moyens", "se former coûte trop cher", "le plus important, c’est la formation des salariés"... Les idées reçues sur la formation ont la vie dure ! Voici quelques éclaircissements pour y répondre.
Le 15 janvier 2019
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La Formation continue des professionnels relevant d’une profession libérale réglementée est largement encouragée au niveau européen : « Compte tenu de la rapidité de l'évolution de la technique et du progrès scientifique », précise la directive sur la reconnaissance des qualifications professionnelles, « l'apprentissage tout au long de la vie revêt une importance particulière pour un grand nombre de professions. Dans ce contexte, il appartient aux États membres d'arrêter les modalités selon lesquelles, grâce à une formation continue appropriée, les professionnels se tiendront informés des progrès techniques et scientifiques » (directive 2005/36/Ce du 10 septembre 2005).

En France, la formation continue est un droit. Elle est également une obligation inscrite dans le code de déontologie et le règlement intérieur de l’Ordre. Outre le contrôle de cette obligation, l’Ordre des architectes s’attache à informer et orienter les professionnels dans leurs parcours de formation.

Mais les idées reçues sur la formation ont la vie dure. Voici quelques éclaircissements pour y répondre.
 

  1.  « Je n’ai pas le temps de me former et/ou c’est du temps perdu ».
  • Du temps pour un gain de compétences

La formation continue est un investissement dans le développement de ses compétences. Pour les métiers de prestations intellectuelles, comme celle des architectes, les compétences sont un capital humain qui peut se déprécier face aux mutations. Se former est une façon de mieux comprendre ces mutations, les anticiper pour soi et pour ses collaborateurs, et enrichir ainsi la valeur ajoutée de son agence sur le marché.

  • Du temps pour un gain de temps

La formation peut répondre à des difficultés constatées dans votre activité qui vous fait perdre régulièrement du temps. Cette problématique peut être à l’origine d’un manque de compétences. Il est donc primordial, avant d’entreprendre un parcours de formation, de définir des objectifs de compétences qui répondent à vos besoins. Il vous sera d’autant plus facile de planifier cette action de formation que vous en projetterez un bénéfice.

Concilier emploi et formation n’est pas chose facile. La formation demande un investissement personnel et à ce titre elle se doit :

- de répondre à un besoin de développement de compétences qui  facilitera votre pratique professionnelle et pourra vous faire gagner du temps.
- de se traduire par des formations courtes et parfois des formations longues étalées sur plusieurs semaines. Cet agencement du temps de formation permet aux apprenants de s’organiser au mieux pour se former.

L’Ordre met à votre disposition un moteur de recherche de formations sur www.architectes.org et les organismes de formations sont présents pour vous accompagner dans ces démarches.
 

  1. J’ai fait 6 ans d’étude et j’ai 20 ans de carrière, je suis en capacité de me former par mes propres moyens : lecture, exposition, recherche

Après plusieurs années d’études, en tant qu’architecte vous avez une expertise et des compétences reconnues par votre diplôme et votre expérience.

  • Participer à des évènements, colloques, salons, visiter des musées etc., sont des apports informels de connaissances et d’informations  qui peuvent être déclarés pour 1/3 de l’obligation de formation des architectes. Elles se comptabilisent dans la catégorie « formation complémentaire ».

Ces activités informelles ne sont pas considérées comme du développement de compétences, car il leur manque la mise en relation avec le savoir-faire et le savoir être. La Formation Professionnelle Continue (FPC), à travers des acteurs comme les organismes de formation, les conseillers en évolution professionnelle, les ingénieurs de formation… interroge les pratiques métiers et s’attache à ce que l’apprenant sollicite ces trois aspects pour atteindre son objectif de compétences.

De plus, la formation dispensée par ces professionnels est également reconnue par le code du travail comme un moyen de favoriser le développement de compétences. De ce fait, les 2/3 de l’obligation de formation des architectes doivent être consacrés à de la FPC identifiée dans l’obligation par le terme « formation structurée ».

  • La formation est aussi un moment d’échange de bonnes pratiques avec vos pairs et vos partenaires, elle vous permet de confronter des méthodes de travail différentes et donc d’éveiller votre curiosité sur d’autres pratiques.

Continuer à vous former sera pour vous le moyen d’entretenir vos compétences et donc de pouvoir vous montrer agile : renforcer vos capacités d’adaptations, voire réorienter votre carrière.  
 

  1. Je n’ai pas d’argent ou des problèmes de trésorerie pour me former/ Se former « coûte trop cher » / « Je devrai payer moi-même ma formation ».
  • La formation est un droit et permet donc de solliciter un financement

Comme pour la sécurité sociale, quel que soit votre statut, tous les français en activité cotisent pour se former auprès de fonds de formation. Ces fonds, actuellement gérés par les OPCA [1](Organismes paritaires collecteurs agrées) peuvent vous octroyer des financements : soit via ACTALIANS (salariés) soit via le  FIF PL (libéraux). Les montants de ces financements varient en fonction des thèmes jugés prioritaires par les syndicats. Chaque année un plafond de financement important peut être sollicité : par exemple en 2018 le FIF PL pouvait accorder 1500 € à vos projets de formation ; pour les salariés ACTALIANS pouvait proposer un montant plus important.

Sachez que les organismes de formation sont aussi présents pour vous accompagner dans ces démarches administratives de demande de financement. Dans certains cas, il est même possible de leur demander un échelonnement des paiements du coût de la formation.
 

  1. Cette obligation ne sert qu’à enrichir les organismes de formation.
  • L’obligation de formation n’est pas une injonction pour favoriser l’activité des organismes de formation et leurs chiffres d’affaires. Elle est instituée pour garantir au public et futur maître d’ouvrage, la compétence de l’architecte dans l’acte de construire.

De même, que tout à chacun souhaite que son médecin, pour le guérir, soit formé aux derniers enjeux de santé publique et aux avancées de leur discipline, de même le maitre d’ouvrage qui souhaite se lancer dans une construction doit pouvoir agir en toute sécurité.

  • L’obligation de formation est là pour garantir la qualité des prestations des architectes auprès des maîtres d’ouvrage et elle incite également les architectes à utiliser les fonds de financement de formation qui leur sont dus. (cf. idée reçue 3)
     
  1. A mon niveau (dirigeant), je n’ai pas besoin de me former… le plus important c’est la formation des salariés !

Vous portez le titre et non vos salariés, votre responsabilité et vos compétences sont donc engagées !  Bien sûr, la formation de vos salariés participe à la performance globale de votre agence et peut vous différencier de vos concurrents. Néanmoins, un salarié n’est pas attaché à vie à une agence et sa compétence peut partir avec lui !

En tant que dirigeant, vous avez sûrement délégué des missions opérationnelles à vos collaborateurs pour vous concentrer sur d’autres tâches telles que par exemple : l’encadrement, le développement de nouveaux marchés, etc… autant de champs de compétences entrepreneuriales qui nécessitent aussi d’être mis à jour. Ces actions de formation peuvent aussi s’inscrire dans votre obligation de formation.
 

  1. La formation, c’est pour les grandes entreprises, elle n’est pas adaptée à nos petites structures.

C’est une idée reçue très répandue, tout secteur d’activité confondu. Les nouvelles orientations de la FPC vont néanmoins accroître les possibilités de formation des entreprises de moins de 50 salariés en leur permettant d’accéder à de l’accompagnement et du financement de dispositifs de formation.[2]

 

Conclusion

La formation est une véritable opportunité que chacun doit entreprendre pour :

  • Gagner des compétences et du temps,
  • Prendre du recul sur son activité et sur sa pratique professionnelle,
  • Garantir à ses clients des prestations de qualité en lien avec les enjeux actuels,
  • Anticiper sans heurt les perpétuelles transformations de la profession,
  • Faire valoir son droit à la formation professionnelle continue,
  • Conserver la compétitivité de son agence sur le marché.





 

[1] En mai 2019, les OPCA  deviendront des OPCO (Opérateurs de Compétences) les informations ci-dessus sont susceptibles d’évoluer et seront mises à jour sur le site.

[2] Création du Plan de développement des compétences en 2019.

 

Publié le 15.01.2019
6 commentaires

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Au-delà de ces arguments mono-orientés, le plus dérangeant est que ces formations soient imposées. Trop d'obligations se superposent incessamment depuis quelques décennies dans les agences d'architecture. La formation obligatoire, c'est la nouveauté du moment, mais les architectes n'ont pas été moins performants par le passé; ils suivaient tout simplement les formations qu'ils souhaitaient selon les besoins de leur agence. A trop vouloir prendre les gens par la main pour tout, on ne crée rien de positif sur le long terme...

Je suis d'accord avec les arguments développés mais malheureusement la formation est beaucoup plus couteuse en temps et en argent pour les architectes qui ne travaillent pas dans les grandes métropoles. Je travaille en Savoie et il est extrement rare que des formations soient proposées dans mon département ou dans les départements limitrophes. 

Merci pour ces precisions utiles. Cela m'a donner envie d'aller voir le programme des formations sur ma region et là... grosse deception! J'enseigne moi-même dans le monde entier et je me rejouirais de participer à des formations si toutefois elles correspondaient à mes attentes. Il y a un besoin urgent d'enrichir ce programme par des formations sur le design intégratif, les démarches collaboratives... voire régénératives! A l'aide!!! Notre profession ne  peut pas être en retard à ce point sur les avancées du monde!

Corine Moyal-Mermillod

Bonjour

Au sujet de la formation continue.

J'ai, dans un passé récent, fait l'effort de formation, ce qui ne semble pas être réellement une obligation car la majorité des confrères que je côtoie, eux, ne le font pas et cela n’entraîne aucune conséquence sur leur condition d'exercice.

J'ai pas constater que derrière des noms flatteurs et  alléchants, se cache souvent une grande fumisterie.

Je persiste à penser que je n’ai rien appris lors de ces formations.

2010: LA PRATIQUE DES MARCHES PUBLICS : je me retrouve dans ls salle de formation avec :

  • comme formateur :

    • le premier jour, la DST d’une ville de l’Ariège et une économiste qui professe à l’ENSA Toulouse.

    • Le second jour, un confrère et un avocat

  • Comme « camarades » de formation, des secrétaires d’agence, des collaborateurs, pas d'architectes

après deux jours, je ne pouvais que constater que je n’avais rien appris que je ne savais pas auparavant.

2017 : suite à la nécessité de passer par un architecte pour concevoir un permis d’aménager pour une opération dont la parcelle fait plus de 2 500m², je me suis inscrit à la formation : CONCEVOIR UN PERMIS D’AMÉNAGER.

Après un rappel des règles d’urbanisme (que je pense déjà connaître), nous avons travaillé sur une étude de cas. L’approche de la formatrice se révélât dogmatique quant à la manière de penser l’urbanisme opérationnel. La pédagogie était bien plus adaptée à des étudiants de 2ème année qu’à des professionnels avec de nombreuses années d’expérience. Je n’ai pratiquement rien appris en trois jours.

2017 : FeeBAT 5.a & FeeBAT 5.b : Rénovation énergétique des bâtiments.

Le corps même de la formation consiste à nous apprendre à remplir des dossiers de subventions pour des chantiers de très petite échelle et à nous présenter un ensemble de produits qui pourrait convenir.

Résultat 2x2 jours perdus. Seul point positif, une très bonne ambiance entre les stagiaires.

A la demande de l’Ordre j’ai également participé à la formation pour devenir « Architecte gestionnaire ». Ce qui consiste à venir aider des confrères en difficulté. Le message de l’Ordre était clair, il fallait du monde pour assurer ces missions car le nombre d’architecte dans ce cas était croissant, et ce, d’une manière inquiétante. Deux ou trois ans après cette formation, je n’ai toujours reçu aucun dossier à traiter. La profession doit bien se porter. Résultat : une journée perdue, 400km de voiture…, pour une démarche volontaire, altruiste et confraternelle.

EN CONCLUSION : J’affirme que j’en apprends plus tous les jours en pratiquant le métier que lors de ces formations, dont l’obligation s’apparente à une forme de racket opéré par les organismes concernés, et ce, au vu du prix des journées des dites formations.

Étant également enseignant, je pense en apprendre plus à mes élèves pour une rémunération sans commune mesure avec le prix de ces formations. Il est peut être temps de se pencher sur la pertinence et le coût des cette obligation.

Confraternelles salutations.

Christophe LABORDE Architecte DPLG dans le 65.

Bonjour,

Parmi les "idées reçues" vous en avez oublié une: "Je suis proche de la retraite, j'estime ne plus avoir besoin de me former".
Je parle des 2/3 de formations structurées, les autres formations sont toujours bonnes à suivre pour se tenir informé.

Et je pense aussi à un confrère architecte de... 85 ans qui exerce toujours...

Que va-t-il se passer s'il ne fait pas ces formations?

Confraternellement,

dans toutes ces formations je ne trouve nulle part de formations propre au DESSIN. et c'est bien dommage car aujourd'hui sortent des écoles d'architecture des jeunes diplomés qui ne savent pas dessiner à la main. !

(© photo : Eugeni Pons / source : https://archicontemporaine.org)
Agence d'architecture à Strasbourg - Architecte(s) : Dominique Coulon, Olivier Nicollas, Benjamin Rocchi, Steve Letho Duclos Concours : Benjamin Rocchi A