Notre-Dame : 1170 experts demandent à E. Macron de prendre le temps du diagnostic

Dans une lettre ouverte, plus d'un millier de conservateurs, architectes et professeurs du monde entier demandent au Président de laisser le temps du diagnostic et d’écouter les experts avant d’engager des mesures pour la restauration de la cathédrale.
Le 30 avril 2019
Notre-Dame de Paris - Après l'incendie

Dans une lettre ouverte, publiée dans Le Figaro le 28 avril, plus d’un millier d’universitaires, spécialistes et professionnels du patrimoine, français et du monde entier, demandent au Président de la République de prendre le temps du diagnostic et d’écouter les experts avant d’engager des mesures pour la restauration de la cathédrale parisienne.

Voici des extraits de cette tribune :
 

« Monsieur le président,

Au soir du 15 avril, les regards du monde entier se sont tournés vers Notre-Dame de Paris embrasée, rappelant combien ce monument n’est pas seulement celui des catholiques, des Parisiens, des Français ou même des Européens, mais un de ces édifices que le génie de ses bâtisseurs successifs a légués à l’humanité.

La France s’est dotée très tôt, en partie sous l’influence du vibrant roman de Victor Hugo qui sonna comme un plaidoyer pour la cathédrale parisienne, d’une législation visant à la protection des monuments historiques, mais aussi à prévoir un cadre d’action lorsqu’ils ont été mutilés par les ravages du temps ou des hommes. Dès 1862, l’État a choisi de placer la cathédrale parisienne, alors en cours de restauration, sous la protection de cette législation. Plus d’un siècle plus tard, c’est encore sous l’impulsion de la France, entre autres, que l’Unesco choisit de mettre en place une liste du patrimoine mondial de l’humanité, assortie de critères de protection précis. En 1991, la France a obtenu l’inscription sur cette liste des rives de la Seine à Paris, s’appuyant sur la présence, en leur cœur, de Notre-Dame et sur l’existence d’une perspective qui s’était constituée entre le Moyen Âge et le début du XXe siècle, protégée en tant que telle.

Une telle protection ne saurait exister sans une déontologie qui s’impose à tous ceux qui œuvrent à l’entretien, à la conservation et à la restauration de ces monuments.

(…)

Dans toute cette histoire, la France a longtemps joué un rôle moteur, s’appuyant sur des institutions d’excellence formant les spécialistes de la protection, reconnues internationalement et attirant des étudiants du monde entier (École de Chaillot, Institut national du patrimoine, formations universitaires, compagnonnage, aujourd’hui inscrit à la demande de la France sur la liste du patrimoine immatériel de l’humanité). Ce n’est pas un hasard si le siège du Conseil international des monuments et des sites se trouve à Paris. Cette excellence de la France dans le domaine patrimonial, on en a encore vu la preuve dans l’intervention exemplaire des pompiers, dont l’action a permis d’éviter un désastre bien pire, et dans les actions qui ont permis de consolider dans l’urgence la cathédrale et d’en évacuer l’essentiel des œuvres déplaçables au cours de la semaine.

(…)

Aujourd’hui, le drame est là, et il nous dépasse tous. Notre-Dame de Paris n’est pas qu’une cathédrale, pas seulement l’un des monuments majeurs de l’architecture européenne. C’est l’un des monuments autour desquels, pendant près de deux siècles, se sont constituées la protection et la déontologie françaises et mondiales des monuments historiques. L’émotion qui l’a entouré a montré combien ce drame était mondial, il nous reste à en percevoir toute la portée historique. C’est pour cela que nous, universitaires, chercheurs et professionnels du patrimoine, de France et du monde entier, nous permettons de nous adresser à vous, Monsieur le Président, pour vous demander, comme l’a si bien dit Jean Nouvel, de «laisser le temps du diagnostic aux historiens et aux experts avant de (vous) prononcer sur l’avenir du monument». Nous savons que le calendrier politique demande d’agir vite, nous savons combien une Notre-Dame mutilée pèse sur l’image de la France. Néanmoins, ce qui va se passer à Notre-Dame dans les années à venir nous engage, tous, bien au-delà de ce calendrier. L’enjeu de ces travaux dépassera les mandats politiques comme les générations, et c’est à leur aune que nous serons jugés.

Aussi ne venons-nous pas vers vous pour préconiser telle ou telle solution. C’est trop tôt. Que pourra-t-on faire ou ne pas faire, quels choix seront possibles ? Nous ne pouvons apporter de réponse à ce jour. Cela dépend de contraintes techniques qui sont fonction de l’état du bâtiment. Mais ces choix doivent aussi se faire dans le respect de ce qu’est Notre-Dame, plus qu’une cathédrale parmi d’autres, plus qu’un monument historique parmi d’autres, en ayant une approche scrupuleuse, réfléchie, de la déontologie.

(…)

Prenons le temps du diagnostic. L’exécutif ne peut se passer d’écouter les experts, la France en forme parmi les meilleurs du monde. Nombre de ceux-ci se trouvent dans votre administration, au ministère de la Culture. Sachons reconnaître leur expertise, prenons le temps de trouver le bon chemin et alors, oui, fixons un délai ambitieux pour une restauration exemplaire non seulement pour le présent, mais aussi pour les générations à venir. L’excellence des savoir-faire des artisans et entreprises de France, leur expérience, celles de ses architectes, l’expertise de ses conservateurs, de ses historiens sont mondialement reconnues. La place à part de la cathédrale a attiré, à travers le monde, l’attention des universitaires et de nombreux programmes de recherche dont les résultats sont à notre disposition.

(…)

>> Lire l’intégralité de la tribune sur le site du Figaro
>> Consulter la liste des signataires sur le site du Figaro


>> A lire aussi : 

Denis Dessus : « Aller vite pour un édifice qui frise le millénaire est une erreur » (L'Humanité)

Reconstruire à l'identique ou innover ? Quels matériaux, quelle structure ? Le chantier qui s'annonce implique du temps, et des choix. Pour Denis Dessus, architecte et président du Conseil national de l'ordre des architectes, tout doit être « remis à plat pour que la cathédrale soit la plus adaptée à tous ses usages : lieu de culte, de tourisme, de commerce, d'éducation ».


Réponse de Franck Riester à l'Assemblée nationale le 30 avril : 

Publié le 30.04.2019
2 commentaires

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Puisque tout le monde s’y met .....

Experts de tous poils, historiens de toutes obédiences, « patrimonistes » acharnés et bien d’autres encore savent mieux que quiconque ce qu’il faut pour  ND de PARIS sans avoir jamais conçu ni construit quoi que ce soit. 

Pendant ce temps les architectes ACMH travaillent dans le silence et l’humilité pour définir l’avenir de la «  vénérable » et nous ne pouvons que les respecter.

Mais dans cette époque de relents millénaristes et maccarthystes oú le présent est honni et l’avenir plus sombre que les cendres de ND, ou tout un chacun sait tout sur tout avec un orgueil incommensurable, inondant internet dans une  schizophrènie pathétique , en arrivera-t-on a faire appel aux gilets jaunes pour reconstruire .....?

Continuer à hurler avec les loups.

ND s’en moque....

 

 

 

 

Bien sur, donner du temps pour le diag.

L'échéance donnée par le Président est pour lui la garantie d'assurer l'inauguration des travaux lors de son second mandat: ça serait SON oeuvre.

Pour le choix de l'archi, pour s'éloigner du starchistème qui nous étouffe et pour que Notre Dame ne soit pas associée à une personne (quel que soit son talent), je propose un concours sur esquisse totalement anonyme, y compris après le choix du projet. Ensuite, une autre équipe serait choisie pour pondre le projet et gérer le chantier.

Reste à régler la rémunération (et le nombre) des équipes qui auraient fournies une esquisse.

Puisque nous sommes "hors la loi" sur ce projet, inovons jusqu'au bout.

(© Pyb - Créative Commons)
Notre-Dame de Paris après l'incendie