Lettre de Lionel Dunet à Frédéric Mitterrand, nouveau ministre de la Culture

Le président du Conseil national de l'Ordre a écrit au nouveau ministre de la Culture et de la Communication, également ministre de tutelle de la profession d'architecte, afin de le féliciter de sa nommination et de lui exposer les attentes des architectes.

Le président du Conseil national de l'Ordre a écrit au nouveau ministre de la Culture et de la Communication, également ministre de tutelle de la profession d'architecte, afin de le féliciter de sa nommination et de lui exposer les attentes des architectes.

 

Le 23 juillet,

Monsieur le Ministre,

Permettez-moi tout d’abord, au nom de l’Ordre que je préside, de vous adresser mes sincères félicitations pour votre nomination en qualité Ministre de la Culture et de la Communication et mes vœux chaleureux de réussite dans cette fonction délicate : nous nous réjouissons vivement qu’un homme soucieux de la culture et de la création artistique sous toutes ses formes, accède à ce poste prestigieux.

Lors de son discours pour l’inauguration de la Cité de l’architecture le Président de la République avait manifesté une ambition pour notre art qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait aussi fermement affirmé.
« L’urbanisme et l’architecture sont des leviers profonds d’une politique de civilisation » a-t-il annoncé à cette occasion. Tous nos confrères ont salué cet engagement et ont espéré qu’il se traduise par une réelle reconnaissance de l’architecture et du métier d’architecte dans la politique gouvernementale.

L’architecture, discipline de création culturelle et d’innovation, constitue une parfaite illustration de ce que la culture peut apporter au développement économique et social de notre société.
De tous les arts, l’architecture est le seul qui s’impose à tous. Art à la fois social, politique, économique et technique, il occupe de ce fait une place atypique dans votre ministère.

Nous avons relevé dans vos premières déclarations que l’architecture ne figurait pas spontanément dans vos priorités.

Sachez cependant que nous sommes en France 30 000 architectes, générant plus de 100 000 emplois, et comme la plupart des secteurs à l’heure actuelle, sommes sévèrement touchés par la crise économique.

Sachez aussi qu’aujourd’hui, l’indépendance des architectes, indispensable à la qualité de leur expertise en matière de développement durable est directement menacée par la mise en œuvre de la directive « services ».

Le ministère des finances du gouvernement auquel vous appartenez envisage en effet à l’occasion de la transposition de cette directive de mettre profondément en cause la loi du 3 janvier 1977 sur l’architecture.

Le renforcement de la privatisation des marchés publics notamment sous la forme des partenariats publics privés remet aussi en cause l’indépendance des architectes et menace la qualité architecturale et le développement durable.

L’Ordre des architectes pour sa part, a mené depuis plusieurs années une réflexion en profondeur sur les méthodes de travail de nos confrères qui a abouti à une charte d’engagement en faveur du développement durable dont les principes seront intégrés au code des devoirs de notre profession ; nous avons en outre engagé une action de sensibilisation de tous nos confrères aux valeurs et techniques du développement durable. Mais, pour que la nécessaire excellence des architectes soit effective et reconnue, il faut que l’obligation de formation permanente soit inscrite dans la loi pour répondre aux exigences nouvelles de notre société.

Enfin, à l’heure où l’enseignement de l’architecture, à travers l’enseignement obligatoire de l’histoire de l’art, entre au collège, la diffusion auprès du grand public de la culture architecturale est un devoir que nous avons en commun.

Nous souhaiterions que les efforts des pouvoirs publics aillent dans le même sens au lieu de conduire à terme à la disparition de notre métier.

Nous sommes sûrs que vous apporterez une grande attention à ces sujets qui touchent directement à notre capacité de création et d’innovation au service de tous.

Ces questions devant être traitées très rapidement par votre gouvernement, nous souhaiterions vous rencontrer au plus tôt.

Dans cette attente, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération. 


Lionel DUNET
Président du Conseil national
de l'Ordre des architectes

 


Publié le 27.07.2009
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