Transition écologique

Les engagements des grands pays au Sommet mondial sur le Climat

A l’occasion du Sommet mondial sur le Climat organisé les 22 et 23 avril à l’initiative des Etats-Unis et réunissant une quarantaine de dirigeants politiques, plusieurs Etats (USA, Canada, Japon, Brésil, UE, etc.) se sont engagés à réduire de manière significative leurs émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030. Un « choix historique » salué par la France, à l’heure où l’ONU appelle les gouvernements, dans la perspective de la COP26 qui se tiendra à Glasgow en novembre 2021 à revoir leurs ambitions « très nettement à la hausse, en particulier les pays les plus émetteurs qui sont à l’origine d’une grande partie de cette crise ».
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Le changement climatique en 2020 : « des indicateurs et des effets de plus en plus alarmants », selon l’Organisation mondiale de la météorologie

L’année 2020 devient la « 3ème année la plus chaude jamais observée »
Le lundi 19 avril 2021, l’Organisation Mondiale de la Météorologie (OMM) a présenté son rapport annuel sur l’état du climat en 2020, qui rassemble des données sur les indicateurs du système climatique (concentration de gaz à effet de serre, augmentation des températures, élévation du niveau de la mer, etc.), ainsi que sur les phénomènes météorologiques extrêmes. Ce rapport étudie également les impacts sur le développement socio-économique, les déplacements de population, la sécurité alimentaire et les écosystèmes.

Selon l’OMM, l’année 2020 est « la troisième année la plus chaude jamais observée » - à égalité avec 2016 et 2019 – avec une température moyenne 1,2°C supérieure à celle de la période préindustrielle (1850-1900). « Les six années écoulées depuis 2015 ont été les plus chaudes jamais mesurées sur Terre, ajoute l’OMM. La décennie 2011-2020 a été la plus chaude jamais enregistrée ». Plus particulièrement, en Europe, cette année 2020 est la plus chaude jamais enregistrée, avec une hausse de 2,2°C.

En raison de niveaux records de gaz à effet de serre, qui piègent la chaleur dans l’atmosphère, il y a « une chance sur cinq que la température moyenne de la planète dépasse temporairement 1,5 degré Celsius d’ici 2024 », prévient l’ONU.

Plusieurs phénomènes climatiques extrêmes
Pour le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, « ce rapport est effrayant […] nous sommes au bord de l’abîme. Plusieurs indicateurs clés sont présentés pour mettre en avant les effets du changement climatique, notamment :   

  • Une concentration des principaux gaz à effet de serre (GES) qui continue d’augmenter en 2019 et 2020 ;
  • Un réchauffement des océans, avec des vagues de chaleur touchant plus de 80% des zones océaniques, et un niveau des océans qui n’a jamais été aussi élevé (+3mm par an) ;
  • Une étendue minimale de la banquise arctique à son deuxième niveau le plus bas jamais enregistré (moins de 4 millions de km2), et des températures records enregistrées au nord du cercle polaire (Sibérie) accélérant notamment la fonte de la banquise ;
  • Une intensification des phénomènes extrêmes, comme :

-de graves feux de forêts en Sibérie, avec un record de température de 38°C en ville ;
-de fortes pluies et de graves inondations, touchant majoritairement l’Afrique et l’Asie ;
-de graves sécheresses dans les régions de l’intérieur de l’Amérique du Sud, avec des pertes agricoles estimées à près de 3 milliards de dollars ;
-des records de chaleur dans plusieurs régions du monde, avec un record de chaleur mondial battu en Californie (54,4°C)[1] ;
-des cyclones tropicaux plus fréquents et plus intenses, avec notamment un record de 30 tempêtes dans l’Atlantique Nord ;

  • Des déplacements de populations importants : plus de 50 millions de personnes frappées à la fois par ces catastrophes climatiques et par la pandémie de Covid-19. Près de 10 millions de déplacements enregistrés au début de l’année 2020, principalement en Asie du Sud et du Sud-Est et dans le sud de l’Afrique.

Quels engagements retenir du Sommet mondial sur le Climat ?

Plusieurs pays ont réhaussé leurs objectifs climatiques
Le président américain Joe Biden a annoncé le retour des Etats-Unis dans la lutte contre le changement climatique, et plusieurs pays ont réhaussé leurs objectifs. La Chine maintient les siens : neutralité carbone pour 2060. Au titre de l’Accord de Paris, Joe Biden a promis ainsi de réduire les émissions des Etats-Unis de 50 à 52% d’ici 2030 par rapport à 2005, et appelé les dirigeants présents à suivre l’exemple au nom d’un « impératif moral et économique ».

  • Le Canada compte ainsi réduire de 40 à 45 % ses émissions de GES d'ici 2030 par rapport à 2005 ;
  • Le Japon prévoit aussi de rehausser la réduction de ses émissions de 26% à 46% par rapport à 2013 ;
  • A la veille du sommet sur le climat, les Etats membres de l’Union Européenne ont adopté un nouvel objectif de réduction nette « d’au moins 55% » des émissions de GES d’ici 2030 par rapport à 1990, contre 40% auparavant ;
  • En revanche, la Chine, premier émetteur mondial, s’en est tenu aux objectifs précédemment annoncés en septembre 2020 : atteindre la neutralité carbone d’ici 2060, et faire décroître la consommation de charbon entre 2026 et 2030.

Le Brésil s’engage sur la déforestation
Le Brésil vise désormais la neutralité carbone d’ici 2050, soit dix années plus tôt que l’objectif précédemment annoncé par le président brésilien Jair Bolsorano. Dans une lettre adressée à Washington, il s’est engagé par ailleurs à « éliminer la déforestation illégale du Brésil d’ici 2030 », en comptant notamment sur le soutien de la communauté internationale pour sauver l'Amazonie. S’il recevait un milliard de dollars d'aide "à partir du mois de mai et pour une période de 12 mois", le pays pourrait « s'engager vers une réduction de 30 à 40% de la déforestation", a estimé ainsi vendredi 16 avril le ministre de l'Environnement, Ricardo Salles, lors d'un entretien avec l'AFP.

Cependant, les écologistes s’inquiètent des annonces du président brésilien, alors que les surfaces déboisées ont fortement augmenté depuis son arrivée au pouvoir, en janvier 2019 : la déforestation de l’Amazonie a augmenté de 9,5% entre août 2019 et juillet 2020, selon l'Institut national de recherches spatiales (INPE) du Brésil. L’Amazonie brésilienne aurait subi ainsi sa pire destruction depuis 12 ans, et la déforestation menace désormais les peuples indigènes, jusque-là épargnés : d’après les statistiques, les territoires indigènes ont perdu 381km2 de forêt tropicale depuis 2008, et les zones protégées 1 096 km².

« Mais il y a encore un long chemin à parcourir » prévient l’ONU
Suite à ce sommet, l’ONU et plusieurs ONG (Greenpeace international, WWF France, Climate Action Network, ONG 350.org) ont d’ores et déjà renouvelé leur appel à plus d’ambition pour le climat, notamment « à travers de nouvelles annonces de financements et des mesures sectorielles » pour concrétiser les objectifs d’ici la COP 26.

Pour le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, ce sommet « montre que le vent tourne en faveur de l'action climatique mais qu’il y a encore un long chemin à parcourir ». S’il a salué les contributions « nouvelles et renforcées » des États-Unis, du Canada ou encore du Japon, il appelle surtout « les autres principaux émetteurs » à présenter leur plan sur les changements climatiques, bien avant la COP 26.

En mars 2021, l’ONU précisait en effet que seuls 75 des 200 pays signataires de l’Accord de Paris avaient soumis leurs nouveaux engagements climatiques pour 2030. Ceux-ci conduisaient alors à une baisse des émissions mondiales de moins de 1% d’ici 2030, alors que le Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (GIEC) estime qu’il faudrait une réduction de 45% pour limiter le réchauffement à 1,5°C.

>> Pour en savoir plus : Consulter le "Rapport annuel sur l'état du climat mondial en 2020 " (ONU)

[1] Soit la température la plus élevée jamais observée dans le monde depuis au moins 80 ans.

Publié le 27.04.2021 - Modifié le 04.05.2021
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[Source : state.gov / ©White House photo by Adam Schultz]
Le président des Etats-Unis, Joe Biden, au Sommet Virtuel dirigeants sur le climat à Washington, DC, le 22 avril 2021.