Le président régional de l’Ordre, se positionne sur les impacts du projet de loi Elan

Élu président de l’Ordre des architectes de la région Auvergne-Rhône-Alpes fin octobre 2017 pour un mandat de 6 ans, Bruno Reyne a rencontré ses confrères du Cantal.
Le 01 octobre 2018
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INTERVIEW de Bruno Reyne, Président de l'Ordre des Architectes Auvergne-Rhône-Alpes par La Montagne Aurillac

Pour quelle raison êtes-vous à Aurillac ?

Nous organisons des conseils neuf fois par an. Compte tenu de l'éloignement consécutif à la fusion des régions au sein de l'Ordre, nous voulions délocaliser cette rencontre afin d'aller au-devant de nos confrères du Cantal, ainsi que des élus du territoire.

Sur quoi échangez-vous lors de ces conseils ?

Il y a d'une part ce que j'appelle les missions « régaliennes » : la tenue du tableau des inscriptions et radiations de l'Ordre, la discussion autour des problèmes de déontologie et du travail juridique. Nous réfléchissons également aux possibles évolutions du métier, par exemple, ce que vont modifier les lois sur nos pratiques. Enfin nous nous penchons sur les problématiques que peuvent rencontrer nos confrères en milieu rural, qui peuvent ne pas être les mêmes que celles rencontrées à Lyon.

Quelles sont les spécificités du métier d'architecte en milieu rural ?

Je pense qu'il y a une réflexion plus importante sur l'aménagement du territoire. Comment est-ce que nous pouvons, en tant qu'architectes, agir sur la revitalisation d'un centre-ville, par exemple ? Quelles propositions pouvons-nous donner pour réhabiliter des logements plutôt que de construire de nouveaux lotissements ? Comment travaillons-nous avec les entreprises locales ?

Que pensez-vous du projet de loi Elan ?

Cela va énormément nous impacter. Déjà, il y est inscrit que les concours d'architecture n'existeront plus pour les projets de construction de logements sociaux. Mais j'ai presque envie de dire que c'est un problème cosmétique par rapport aux autres impacts qu'elle pourrait avoir sur notre profession.

« Une menace pour notre indépendance »

Quelles sont les dispositions de la loi qui menacent les architectes ?

Il y a d'abord la généralisation de la conception-réalisation. Dans ce type d'opération, où le maître d'ouvrage public confie à une entreprise générale la conception et la réalisation d'un projet, les cabinets d'architecte ne sont que des co-traitants. Or, sur des chantiers d'importance, face à de grosses structures comme Bouygues ou Vinci, nous n'avons pas la capacité de remettre en cause le projet pour retrouver, éventuellement, la qualité voulue. La généralisation de la conception-réalisation menace notre indépendance.

Y a-t-il d'autres répercussions ?

Oui, la loi Elan met aussi fin à la loi MOP (Maîtrise d'ouvrage public) de 1985. Elle avait été créée à l'époque pour pallier les abus dans la construction de logements, pour éviter « l'abattage constructif ». Elle permettait aux architectes d'être garants de l'esquisse jusqu'à la réception des travaux. Avec la nouvelle loi, chaque maître d'ouvrage public pourra ne donner qu'une partie des missions à l'architecte, par exemple de la conception au permis de construire.

Quels sont les risques ?

Il peut y avoir des différences de qualité du bâtiment entre la conception et la réalisation. Le suivi de chantier est aussi très important pour les architectes : elle leur permet de s'auto-former et de connaître la réalité du chantier. C'est très dommageable car, je le dis haut et fort : les architectes sont avant tout des constructeurs.

https://www.lamontagne.fr/aurillac/economie/emploi/2018/09/21/le-president-regional-de-lordre-se-positionne-sur-les-impacts-du-projet-de-loi-elan_12988677.html

Publié le 01.10.2018 Par Crédit photo : Daniel Lauret
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Crédit photo : Daniel Lauret
Bruno REYNE, Président de l'Ordre des Architectes Auvergne-Rhône-Alpes