Le marché de la rénovation énergétique des logements pour les architectes

Le Conseil national de l'Ordre publie une nouvelle note de conjoncture sur la place des architectes dans le marché de la rénovation des logements, suite à l'annonce par le Gouvernement du plan de rénovation énergétique.
Le 19 décembre 2017
Réhabilitation de la Résidence LEMASSON à Montpellier (34)

Le 24 novembre dernier, Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, ont annoncé un vaste plan de rénovation énergétique des logements. Doté d’un budget de 14 milliards d’euros sur cinq ans, il a pour objectif notamment de réhabiliter les sept à huit millions de logements mal isolés, appelés « passoires énergétiques ».

Tirées des données fournies par la Mutuelle des architectes français (MAF)[1], les chiffres qui suivent visent à analyser la commande de travaux passée par les particuliers auprès des architectes dans le logement individuel et collectif sur des travaux de rénovation. La commande publique n’entre pas dans le champ de l’étude.
 

Principales caractéristiques :

  •  Une commande stable entre 2012 et 2015, que ce soit dans l’individuel et le collectif…

Pendant cette période, les architectes ont produit en moyenne chaque année près de 35 000 déclarations de travaux pour de la rénovation de logements. C’est un marché qui avoisine les 4 milliards d’euros de travaux annuels.

La commande en nombre de déclarations et en montant de travaux est restée stable, que ce soit dans l’individuel et le collectif.

Pour le seul secteur individuel, le marché s’élève à 1,7 milliard d’euros de travaux qui sont répartis sur l’ensemble du territoire.

Dans le collectif, le marché déclaré par les architectes s’élève à près de 2,2 milliards d’euros. A la différence du marché individuel, il se caractérise par une forte concentration géographique. En effet, sept déclarations sur dix sont enregistrées en Ile de France (62%) et en Auvergne-Rhône-Alpes, où le parc de logements collectifs est le plus important.
 

  • … mais caractérisée par de faibles montants de travaux.

Sur la période, le chantier médian déclaré par les architectes en rénovation de logement s’élève à près de 50 000 euros de travaux annuels quand le chantier moyen avoisine les 110 000 euros annuels.

La commande est donc majoritairement constituée de projets de petite taille.

Les travaux d’entretien et d’aménagement représentent 30% des déclarations de travaux alors qu’ils comptent pour seulement 16% du montant des travaux (0,65 milliards d’euros).
 

  • Les architectes réalisent très majoritairement des prestations en missions complètes et/ou élargies.

Dans le marché de la construction neuve de maison individuelle, les architectes réalisent principalement des prestations sous la forme de missions partielles de maitrise d’œuvre[2]. En revanche, en réhabilitation, les particuliers confient très majoritairement des missions complètes qui vont du diagnostic à la réalisation des travaux.

L’attribution d’une mission complète/élargie est particulièrement marquée pour le secteur du logement collectif (91% des déclarations de travaux) et représente 70% des déclarations dans l’individuel.  
 

  • Des marges de progression encore importantes pour la profession

Dans son étude parue en 2017, le Club de l’Amélioration de l’Habitat (CAH)[3] révèle que les travaux de rénovation commandés  par les particuliers, propriétaires et locataires, s’élèvent à près de 61 milliards d’euros annuels.

Avec seulement 4 milliards d’euros de travaux déclarés en commande privée dans le logement individuel et collectif, ils captent moins de 7% du marché total de la rénovation réalisé par les particuliers. Les architectes disposent d’importantes marges de progression pour intégrer pleinement ce marché au fort potentiel de croissance.

Au regard de ces faibles parts, il apparaît important que la profession développe une offre de rénovation davantage visible qui réponde efficacement à la pluralité de la demande.

En ce sens, le déploiement   de la maquette numérique et son appropriation par les architectes doit leur permettre d’investir plus encore ce marché et de proposer une offre qui comprend des services élargies à l’exploitation et la maintenance du bâtiment principalement dans les copropriétés. .

 

 

 

[1] En 2015, la MAF assure 92% des agences exerçant en libéral et 92% des sociétés d’architecture françaises.

[2] Archigraphie 3

[3] Le Club de l’amélioration de l’habitat regroupe de très nombreuses entités du secteur comme l’Ademe, la Capeb, l’Anah, le CSTB, l’Untec…

Publié le 19.12.2017
2 commentaires

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Ce qui serait intéressant c'est de connaître la performance énergétique de ces rénovations.
Les architectes ne devraient-ils pas se singulariser par une excellence énergétique conduisant systématiquement à une baisse des émissions de gaz à effet de serre, condition indispensable à tenir l'objectif de 2050.
La faible importance des travaux est un réel handicap pour une mission complète de maîtrise d'œuvre qui permette de gagner sa vie. N'est-il pas le moment d'envisager d'autres façons de procéder qui utilisent néanmoins les compétences de l'architecte?

Pour compléter cet article, l'association initiée par l'Unsfa,  LES ARCHITECTES DE LA RENOVATION, et ses "filiales" régionales, concrètisent  l'ambition des architectes qui en sont membres de développer largement ce marché.  

 

(© photo archi) (source : Archicontemporaine.org)
Réhabilitation d'une résidence de 560 logements à Montpellier - N. Lebunetel Architectes-Urbanistes