Transition écologique

Le confinement a modifié la perception du bruit en ville

A l’issue du premier confinement, le Centre d’information sur le bruit (CidB) a interrogé 2000 habitants des grandes villes afin de mieux comprendre leur ressenti vis-à-vis du bruit depuis le début de la crise sanitaire. Pendant cette période inédite, les citadins ont apprécié le calme et plusieurs ont constaté aussi une amélioration générale de leur état de santé. Avec la reprise des activités, leur sensibilité aux bruits urbains s’est renforcée, sans pour autant que le bruit en ville ait augmenté.
bruit_acoucite.jpg

Pendant la première période de confinement, du 17 mars au 11 mai 2020, l’arrêt des déplacements et activités, a engendré une baisse soudaine et considérable du bruit dans l’environnement. L’énergie sonore a baissé de 50% à 80% le jour et jusqu’à 90% la nuit a été, selon les relevés sonométriques réalisés par les différents observatoires du bruit en France (Bruitparif, Acoucité).

Le Centre d’information sur le bruit (CidB) a souhaité évaluer l’impact de cette situation inédite en termes de perceptions de l’environnement sonore dans les zones urbanisées, où les sources potentielles de bruit sont multiples.

Le bruit est une réelle préoccupation des citadins

Si toutes les régions françaises sont représentées dans le panel de réponses, l’Ile-de-France représente la moitié de l’échantillon ; viennent ensuite les régions Auvergne-Rhône-Alpes (10,2%) et PACA (8,4%). Les 2000 volontaires qui ont répondu à l’enquête sont majoritairement des citadins, dont 68% habitent en zone urbaine et 15% en zone périurbaine.

Le profil

  • La répartition par classe d’âge des personnes ayant souhaité répondre à l’enquête montre que le bruit devient une préoccupation réelle à partir de 30 ans : alors que les moins de 29 ans représentent une minorité des répondants (8%), près d’un tiers d’entre eux ont entre 30 et 44 ans (32%) et semblent ainsi autant préoccupés par le bruit que leurs aînés (34% ont entre 45-59 ans).
  • Ces personnes représentent surtout des familles avec enfants (38%), des couples (35%) ainsi que des personnes seules à domicile (23%).
  • Ensuite, ce sont en premier les cadres et professions intellectuelles qui ont répondu (54%), pour qui la poursuite des activités professionnelles est généralement possible pendant le confinement. Toutefois, pour la majorité, ils ont testé le télétravail pour la première fois pendant le confinement (43%).

Les caractéristiques du logement

  • Plus de la moitié des répondants résident dans un appartement (58%), et plus d’un tiers dans une maison mitoyenne (38%).
  • Pour la plupart, le logement a une surface supérieure à 80m² (56%) et bénéficie d’un espace extérieur privatif (77%), le plus souvent d’un jardin (46%).
  • Enfin, dans l’ensemble ils sont satisfaits de leur logement (87%), mais plus de la moitié estime disposer d’une mauvaise isolation acoustique (56%).

L’enquête affirme que la baisse des expositions sonores, subies ou volontaires, a entraîné non seulement de nombreux effets bénéfiques concernant tous les aspects de la santé et de la qualité de vie des citadins, mais aussi modifié leur rapport à l’environnement en termes de mobilité, d’habitat, de relations sociales, etc. 

Les habitants interrogés proposent également des actions à mettre œuvre pour améliorer durablement la qualité de leur environnement sonore.

Quel est l’impact du confinement sur la perception du bruit en ville ?  

Des effets positifs sur la santé

La réduction de la pollution sonore a eu des bénéfices en termes de santé, notamment en ce qui concerne la réduction de la gêne (76%).  Parmi les bienfaits, certains relèvent la diminution de la fatigue (45%), l’amélioration de la qualité du sommeil et l’augmentation de leur concentration (40% chacun).
Cependant, selon le CidB, la disparition de certaines nuisances sonores s’est accompagnée de l’accentuation de nouvelles sources de bruit, comme le bricolage ou le jardinage, qui ont pu contribuer à nuancer la position de certains répondants.

Une sensibilité au bruit renforcée

  • La période du confinement a néanmoins révélé une sensibilité au bruit accrue : 57% des habitants interrogés s’estiment plus sensibles aux bruits qu’auparavant, et même 60% des personnes qui se disaient peu ou pas sensibles au bruit avant le confinement le sont devenues.
  • Les bruits urbains perçus comme les plus gênants sont générés par le trafic routier (49%) et plus fortement par les 2 roues motorisés (57%) et les voitures (25%) ; viennent ensuite les bruits de voisinage (36%), et les chantiers (8%).  
  • Pour les bruits de voisinage, plus d’un tiers des nuisances subies résulte des « comportements de voisinage » (36%), et moins des activités exercées à proximité, qu’il s’agisse des bars et restaurants (14%) ou des commerces (5%).
  • Pour certains, la recrudescence des bruits de voisinage a eu des effets négatifs sur la qualité de vie, en raison notamment d’un défaut d’isolation de leur logement. Parmi les principales nuisances ressenties, ils sont 19% à avoir été gênés par les bruits internes à l’habitat (comportements bruyants, bricolage, etc.) et 14% ont subi des tensions dus aux bruits extérieurs (jardinage, travaux, etc.).

Comment améliorer la qualité de leur environnement sonore ?

Une aspiration au changement de comportement

  • Après la période de quasi-silence vécue pendant le confinement, 41% des habitants interrogés souhaitent dans leur quotidien continuer à profiter de calme et de sons liés à la nature, masqués par les bruits des transports ou d’activités. En effet, la réduction des bruits leur a permis d’apprécier davantage l’environnement extérieur, en ouvrant plus souvent leurs fenêtres (72%) ou en profitant plus de leur jardin (51%).
  • Plus d’un tiers des habitants (38%) souhaitent opter pour un mode de déplacement doux (vélos, marche, etc.) pour leurs déplacements quotidiens.
  • Par ailleurs, les nuisances sonores dans l’habitat semblent rédhibitoires dans la mesure où près d’un tiers des répondants souhaiterait déménager (32%).
  • Une minorité d’habitants envisage des travaux pour isoler acoustiquement leur logement (7%). Toutefois, pour certains, il est indispensable d’aider financièrement à la réalisation de ces travaux, surtout pour les logements anciens.
  • Enfin, certains comptent faire davantage de télétravail pour réduire leur impact sur les niveaux de bruits urbains (13%).

Des moyens d’actions à mettre en place

Plusieurs modalités d’actions sont proposées par les citadins pour réduire le bruit à la source, dans sa propagation et à sa réception.  

  • Pour améliorer la qualité de leur environnement sonore, ils demandent en priorité une réglementation plus efficace, à la fois avec une meilleure application des lois existantes mais aussi « une réglementation plus sévère, au même titre que les autres pollutions pour protéger la santé des habitants ». Concrètement, parmi les moyens d’actions réglementaires plébiscités, certains concernent l’interdiction des modes de transports les plus bruyants ainsi que l’interdiction de leur accès en ville et dans les zones résidentielles.
  • Ensuite, pour créer un urbanisme favorable à la qualité de l’environnement sonore, il est nécessaire pour les citadins de développer les mobilités « douces » moins bruyantes pour les déplacements quotidiens (38%) et de limiter les déplacements (13%). Cela se traduirait notamment par l’utilisation de véhicules silencieux et l’amélioration du revêtement routier, mais aussi par les changements d’habitudes de déplacements, en privilégiant les modes de transports doux (marche, vélo, covoiturage, transports en commun).
  • Les habitants interrogés demandent également la mise en place d’actions visant à limiter la place de la voiture en ville, parmi lesquelles certaines consisteraient notamment à réduire la circulation et la vitesse en centre-ville, mais aussi à augmenter les espaces piétonniers, les pistes cyclables, ainsi que les espaces verts.  Ensuite, il pourrait s’agir également de « repenser les zones d’habitats en fonction des sources de bruit », ou « d’éviter des densités de populations trop importantes » en ville. Pour cela, certains réclament une « réelle stratégie d’urbanisme » intégrant « la construction des logements en fonction de sources sonores ». D’autres rappellent aussi l’importance de prendre en compte « l’expérience d’usage avant l’élaboration de l’habitat ».
  • Par ailleurs, les habitants proposent plusieurs moyens d’actions relatifs à la meilleure isolation acoustique des logements, comme l’interdiction des climatiseurs et chauffage réversibles sauf dans certains établissements (hôpitaux, maisons de retraite). Certains réclament « une meilleure isolation tant vis-à-vis de l’intérieur que de l’extérieur », « avec des exigences minimales […] mais surtout des exigences supplémentaires en fonction du contexte, notamment en vue d'une mixité des quartiers (repos/travail/loisirs). ». Pour d’autres, imposer une isolation acoustique de qualité des logements devrait « passer par l'obligation des propriétaires de rénover les logements qu'ils proposent à la location », sinon par une diminution du loyer. Enfin, certains suggèrent la fourniture a minima d'un diagnostic acoustique aux futurs locataires avant signature du bail. 

Les architectes considérés comme des acteurs clés du changement

Pour la majorité des habitants interrogés les pouvoirs publics sont les mieux placés pour engager des actions de prévention, de médiation et de sanction pour lutter contre le bruit (87%), suivis par les citoyens (72%). Mais les professionnels du bâtiment, les architectes et urbanistes sont considérés comme les acteurs clés du changement (pour 40% des répondants), suivis par les acousticiens (32%) et les professionnels de santé (22%). En effet, selon les nuisances sonores auxquelles ils sont confrontés, les habitants devraient s’orienter en priorité vers les acteurs qui pourraient contribuer à améliorer leur confort sonore.  

Les acteurs-clés pour impulser les changements, Graphique extrait du rapport "Enquête sur l'évolution de la perception du bruit liée à la crise sanitaire"

A la lumière de ces résultats, le CidB montre que l’expérience du confinement fait de la lutte contre le bruit un enjeu majeur de l’aménagement urbain. Afin que la problématique du bruit soit traitée dans une réflexion globale conduisant à un projet d’aménagement et de développement durables, l’objectif doit être de prendre davantage en compte la gêne sonore dans les documents de planification (aménagement, déplacements, etc.)  A ce titre, les solutions destinées à limiter l’exposition des populations aux nuisances sonores devraient être intégrées dès la conception des projets d’urbanisme.

Pour en savoir plus :

Ressource -
Publiée le 09.11.2020 - Modifié le 09.11.2020
0 commentaire

Donnez votre avis

(Source : acoucite.org)
Impact du confinement sur l'environnement sonore urbain