La santé des étudiants en architecture en danger ?

L’Union Nationale des Etudiants en Architecture et Paysage (UNEAP) a mené une enquête portant sur la santé des étudiants en architecture et tire la sonnette d’alarme, dénonçant notamment la « culture de la charrette ». L’association propose une stratégie nationale pluriannuelle pour remédier à cette situation.
Le 22 octobre 2019

L’Union Nationale des Etudiants en Architecture et Paysage (UNEAP) a lancé en décembre 2017 une enquête portant sur la santé des étudiants en architecture. Cette enquête a recueilli les réponses de 5435 étudiants issus de toutes les écoles d’architecture de France, soit 31% d’entre eux.

Pour l’UNEAP, cette étude révèle des impacts importants des études d’architecture sur la santé des étudiants.

En particulier, l’UNEAP pointe les effets de la culture de la « charrette » dans les écoles (attestée par les deux tiers des étudiants), notamment le manque de sommeil et le stress provoqués par cette pratique, de même que la sous-évaluation de ces effets par l’ensemble des publics (étudiants, professionnels, enseignants, administratifs).

L’UNEAP dénonce également la difficulté d’accès aux personnels de santé par les étudiants, due à la fois à un manque de structures et à un manque d’information des étudiants.

L’UNEAP propose en conséquence une stratégie nationale globale et pluriannuelle pour le bien-être et la santé des étudiants, à l’horizon 2020-2025, qui se décline en quatre axes :

  1. Des mesures contre la culture de la charrette :une campagne nationale de sensibilisation aux risques liés à la pratique de la charrette, un module de sensibilisation sur les impacts de la charrette, du stress et du manque de sommeil sur la santé pour les nouveaux entrants en école d’architecture ; un suivi médical et psychologique des étudiants tout du long de leur cursus (psychologues, médecins généralistes, etc.)
     
  2. Un ensemble de mesures pour améliorer le cadre de vie des étudiants : mise à disposition d’espaces de repos, mise en place de créneaux pour des pratiques sportives, amélioration de l’alimentation, etc.
     
  3. Des mesures concernant l’organisation de la pédagogie et des temps d’enseignement de manière à améliorer la méthodologie et les conditions de travail des étudiants, notamment pour éviter le recours à la charrette, ainsi qu’à ménager de véritables temps de pause dans l’année scolaire.
     
  4. La mise en place d’un protocole des procédures d’alerte ainsi que d’un observatoire national de la santé dans les ENSA.


L’UNEAP met en avant différentes bonnes pratiques, concernant tous ces points, que certaines Ecoles nationales supérieures d’architecture ont déjà mises en place et qui pourraient être généralisées.

L’UNEAP travaille sur cette stratégie en relation avec le ministère de la Culture.


Voici quelques données issues de l’enquête diffusée par l’UNEAP :

· Les étudiants en architecture dorment en moyenne 6 heures et 23 minutes par nuit, ce qui est une heure de moins que la moyenne donnée par l’INSEE pour une personne entre 15 et 30 ans.

· 41 % des étudiants en archi dorment moins de 3 heures plus de deux nuits par mois.

· Durant toute la semaine qui précède un gros rendu, 38% des étudiants en architecture dorment en moyenne moins de 4 heures par nuit, tandis que seulement 18% dorment plus de 6 heures par nuit.

· Pour remédier au manque de sommeil, 8,8% des étudiants en architecture déclarent avoir recours à des médicaments (hors vitamines), 5,1% à l’alcool et 3,8% aux drogues.

· 91,2% des étudiants en architecture disent que leur alimentation change lors des périodes de travail intenses. Ces étudiants estiment alors à 3,26/10 la qualité de leur alimentation (10 étant la note attribuée à une alimentation saine et équilibrée).

· Sur une échelle de 0 à 10 (10 étant le niveau de pression maximale), 68% des étudiants en architecture situent leur niveau de pression à 7 ou plus.

· 75,5% des étudiants en architecture disent ressentir un impact physique lié au stress.

· Parmi les impacts physiques liés au stress que les étudiants ressentent, on retrouve majoritairement les impacts suivants : fatigue, maux de dos, prise/perte de poids importante, problèmes de peau, maux de tête, tremblements, instabilité émotionnelle, insomnie, perte de cheveux, maux de ventre. Bien qu’ils ne soient pas majoritaires, plusieurs témoignages font état d’accidents graves : accidents de voitures à cause de la fatigue, perte de la vue, AVC. On peut également noter des incidents spécifiques liés à la charrette : coupures graves lors de production de maquette en charrette et accidents liés à la fatigue.

· 23,1% des étudiants en architecture ressentent le besoin d’aller voir un spécialiste de la santé. Parmi ces spécialistes, le psychologue est le plus cité, suivi du kinésithérapeute, de l’ostéopathe et du médecin généraliste.

· Les conséquences psychologiques et psychiques sont également importantes. Une baisse de moral très importante et générale peut être notée. On peut relever des cas de dépression, de burn-out, de développement ou de résurgence de troubles mentaux tels que des cas de bipolarité, troubles du comportement alimentaires, troubles obsessionnels compulsifs, automutilation, suicides et tentatives de suicides.

 

>> Consulter la synthèse de l’enquête de l’UNEAP et la stratégie nationale de l’UNEAP ci-contre

Publié le 22.10.2019
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(UNEAP)
Santé des étudiants
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Synthèse Enquête santé étudiants en architecture_UNEAP
Stratégie nationale pour le bien être et la santé_UNEAP