Transition écologique

La RE2020 prendra-t-elle correctement en compte le stockage du carbone ?

Des experts et des représentants des filières des matériaux biosourcés écrivent à l’Etat pour alerter sur les risques d’une sous-estimation du stockage du carbone par ces matériaux dans la future réglementation.
Le 26 juin 2019
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En succédant à la réglementation thermique actuelle (RT2012), la future réglementation environnementale du bâtiment (RE2020) prévoit notamment d’intégrer la notion de stockage temporaire du carbone, à travers la prise en compte de deux indicateurs : l’un portant sur l’énergie consommée et l’autre sur le carbone émis tout au long du cycle de vie.

Dans le cadre de la préparation de la RE2020, l’Etat a chargé 15 groupes d’experts de fournir leur analyse objective des sujets techniques clés au premier trimestre 2019.  

Un groupe d’experts a notamment été constitué pour l’étude des différentes possibilités de prise en compte du stockage temporaire du carbone dans l’évaluation environnementale du bâtiment.

Mais des experts en Analyse du Cycle de Vie (ACV) et les filières biosourcées ont souhaité réagir pour « attirer l’attention de l’Etat sur les recommandations proposées suite à la concertation sur le stockage temporaire du carbone » au travers d’un courrier qui a été adressé à M. François de Rugy, Ministre d’État, Ministre de la Transition écologique et solidaire et à M. Julien Denormandie, Ministre auprès de la ministre de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, chargé de la Ville et du Logemen. Les cosignataires[1] apportent des éléments démontrant que la méthode de calcul carbone actuellement utilisée est pénalisant pour les matériaux biosourcés.

Pour les cosignataires, adopter les conclusions émises risque de baser la RE 2020 « sur une estimation incorrecte de l’impact des matériaux de construction sur le réchauffement climatique » et donc de « continuer comme avant ». Ils expriment leur souhait d’avoir une « réglementation environnementale [qui] soit fondée sur un calcul carbone estimant correctement l’impact des matériaux de construction sur le réchauffement climatique » regrettant que « ce n’est [soit] pas le cas des bilans carbone en vigueur à ce jour ».  

Les cosignataires concluent en rappelant l’urgence d’intégrer dans la réglementation le calcul carbone afin de réduire, dès maintenant, l’impact du secteur de la construction sur le réchauffement climatique.

 

>> Lire la lettre ouverte ci-contre

 

[1] Cosignataires :

  • Des membres de la Confédération des Professionnels de la Construction en Terre-Crue (Asterre, Réseau Ecobâtir, Tera, Collectif des Terreux Armoricains, ARESO, ARPE Normandie, Maison paysanne de France)
  • France Bois région
  • Collectif des Filières Biosourcés pour le bâtiment
  • Envirobat Centre
  • LESA
  • CD2E
  • Samuel Courgey – Association Arcane (Expert Bâtiment – Environnement) Expert bâtiment - environnement
  • Thibault Lecompte, Maître de conférence, habilité à diriger les recherches, à l’université de Bretagne Sud, spécialisé notamment sur l’ACV des matériaux.
  • Guillaume Habert, professeur à l’ETH Zurich, spécialisé notamment sur l’ACV des matériaux.
Contribution -
Publiée le 26.06.2019
2 commentaires

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La réglementation environnementale génère un nouveau spécialiste, qui comme chaque spécialiste a tendance à ramener le monde à sa spécialité.
L'article en est une bonne illustration et bien que les propos soient dignes d'intérêt.
Il faut rappeler aux auteurs que si l'habitat au sens général DOIT être économe en ressources ce n'est pas sa vocation première qui est d'abriter de façon durable les activités humaines dans les meilleures conditions de confort (construction) et si possible générer des émotions et des sensations (architecture).

L'exemple proposé (certainement pas au hasard) est remarquable. Que dire d'une durée de vie estimée à 75 ans lorsque les structures de nos villes ont des parois de 3 siècles ou plus? Les hypothèses laissent réveur: changement de l'isolation paille 50 ans après la construction ! Rénovation de l'enduit intérieur tous les 25 ans ! A-t'on pris en compte le bilan carbone des déplacements, des déchets, des échafaudages, des véhicules pour reprendre l'enduit extérieur tous les 15 ans? 

Si les auteurs veulent développer une adhésion massive des concepteurs à leur point de vue il est nécessaire que celui-ci soit un peu plus global et envisage la totalité des conséquences de telle ou telle solution et qu'ils ne se focalisent pas sur les seules émissions carbonées dont personne ne conteste la nécessité de réduction drastique.

Je réagis au commentaire unique pour le moment. C'est très mal connaître certains biosourcés et géosourcés que d'écrire ce commentaire. Comme dans tous les procédés et matériaux il y en a des bons et des moins bons. Mais le système unique que l'on nous a appris avec les bétons et plastiques n' apporte que misère, désolation et dérèglement climatique. Qu'en est il des matériaux conventionnels? En trente ans j'ai démonté ces matériaux conventionnels, des laines de verre qui tombent en poudre et n'apportent rien à la canicule, des plastiques qui sêchent et cassent au bout de quelques années bien souvent stabilisés à l'époque par des mercures et du plomb, des enduits plastiques sur béton qui tiennent juste dix ans... la liste est longue pour ces matériaux que l'on doit changer sans cesse. Et le béton? maire-adjoint, il m'a fallut faire reprendre les premières cités et écoles en béton des années 70 dont les gravats tombaient dans la cour de récré, sachant que ces produits enferment l'humidité et sont cause d'insalubrité dès que la ventilation tombe en panne ou s'encrasse sans être nettoyée, ce qui est le cas dans de si nombreuses copro. On a marché sur la tête depuis bien trop longtemps. L'ignorance!! Quel est le système biosourcé-géosourcé qui s'utilise sol, mur toiture...? qui est le plus parasismique grâce à son module d'élasticité? qui est le plus résistant au feu, sans enduit, qui ne dégage aucune fumée qui permet d'évacuer l'humidité, qui est même capable de chauffer tout seul l'hiver, et de climatiser en été, et dont la durée dans le temps dépasse certainement le béton armé, etc, sans parler de son impact extrèmement positif sur l'environnement et pour les territoires?

(source : www.fibra-award.org / Finaliste Fibra awards 2019)
Maison couverte d’herbes marines, Ile de Læsø, Danemark - Vandkunsten architects, Søren Nielsen et Katrine West Kristensen
Documents
Courrier à DHUP sur le stockage temporaire du carbone (juin 2019)