Intervention de Catherine Jacquot aux Rencontres Niemeyer

Catherine Jacquot, présidente du Conseil national de l'Ordre, était invitée à intervenir lors des Rencontres Niemeyer organisées par le PCF le 24 janvier et consacrées au logement, à la ville et au territoire. Elle a fait le le vœu d’un pacte de confiance entre les pouvoirs publics, les élus, les citoyens et les acteurs du cadre de vie, architectes, paysagistes, urbanistes.

Catherine Jacquot, présidente du Conseil national de l'Ordre, était invitée à intervenir lors des Rencontres Niemeyer organisées par le PCF le 24 janvier et consacrées au logement, à la ville et au territoire.
Son intervention ouvrait la deuxième partie de la journée. Voici le discours qu'elle a prononcé :
 
 

24 janvier 2014 - Rencontres Niemeyer
Discours de Catherine Jacquot



"Je tiens à vous remercier pour votre invitation et saluer la démarche que vous entamez à travers les « Rencontres Niemeyer », sur la ville, les territoires et le logement.

« La création architecturale, la qualité des constructions, leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant, le respect des paysages naturels ou urbains ainsi que du patrimoine sont d'intérêt public. ».
C’est ainsi que la loi du 3 janvier 1977 sur l’architecture pose son argument.

L’Ordre des architectes représente la profession avec une délégation de service public. C’est à ce titre que, dans l’intérêt général, l’institution prend des positions et porte une parole auprès des pouvoirs publics et auprès du public, sur tous les sujets qui concernent le cadre bâti.

La situation de l’architecture et plus généralement de la construction dans notre pays est préoccupante. Elle affecte l’ensemble de la filière de l’acte de bâtir, de la conception à la réalisation physique des bâtiments sur les chantiers. Elle fragilise les tissus professionnels et le savoir-faire de l’architecture, de la maîtrise d’œuvre et des entreprises.
Alors que plusieurs millions de mal-logés dans notre pays rend impérieuse la nécessité de construire 500 000 nouveaux logements par an, le niveau actuel de mise en chantier est tout à fait insuffisant.

C’est un paradoxe inacceptable.

C’est la cohésion de la société dans son ensemble : l’éducation, l’emploi et même la santé, qui sont mis à mal par le mal logement et le manque de logements. L’habitat est un facteur déterminant des inégalités sociales et territoriales.

La crise du logement touche essentiellement les régions très urbanisées, même si les autres territoires ne sont pas pour autant épargnés par un aménagement qui défigure bien des paysages, consomme les terres naturelles et relève d’un urbanisme d’étalement et de zonage.

Il faut construire plus, sans tarder, mais la réponse ne peut être seulement quantitative. Nous ne devons pas commettre une nouvelle fois les erreurs du passé. La conscience de l’urgence ne doit en aucun cas conduire à la construction de logements inadaptés aux besoins, loin des services et des commerces ou dépourvus de transports en commun.

Nous devons sans cesse, collectivement, nous interroger sur quels logements construire ? pour qui ? et où les construire ?
S’il est aujourd’hui nécessaire de répondre à la fois à un manque de logements et à l’urgence de l’habitat indigne, cela ne doit pas nous conduire à construire des logements d’urgence ou à sacrifier la qualité en programmant le mal logement de demain.

1 Qu’est ce aujourd’hui que bien habiter ? Quels logements construire ?

S’il faut maîtriser les coûts en raisonnant en coût global comprenant le coût du foncier, de la construction, les charges de fonctionnement et d’entretien, le coût de l’énergie, le coût des équipements nécessaires, de transports, et en simplifiant les normes, cela doit se faire pour le bien commun au service de l’usage dans un esprit d’innovation avec tous les acteurs de la construction.

Ainsi, habiter dans des logements économes en énergie est une priorité écologique et sociale.

La réhabilitation énergétique des logements anciens est un vaste chantier qui nous attend. Ce n’est pas une question uniquement technique c’est un projet qui met en jeu l’usage, le confort et l’architecture des villes.

Habiter dans des logements adaptés aux usages, aux évolutions des structures familiales, aux personnes âgées ou handicapées, aux jeunes, est une réponse aux attentes de tous les citoyens.

Habiter dans un logement bien isolé du bruit, techniquement performant avec des espaces extérieurs, des balcons ou terrasses, des jardins dans une relation riche et ouverte à l’espace public permettra de créer du lien social tout en satisfaisant le besoin d’une individualisation du logement.
Habiter dans des logements bien insérés sur leur territoire permet de consommer moins d’espace et d’énergie, de préserver les terres agricoles et naturelles. Une maison en centre bourg est tellement plus économe qu’isolée à plusieurs kilomètres du centre du village.

Habiter au bon endroit près des services et des transports en commun devient une nécessité économique pour ne pas avoir à prendre une voiture chaque fois que l’on se déplace !

2 Pour qui construire plus et mieux ?
Pour que le droit au logement pour tous passe dans les faits, il est nécessaire de donner la priorité au logement social qui répond à la grande majorité des demandeurs de logements. En ces temps de crise, l’accession à la propriété n’est pas un choix possible pour beaucoup de nos concitoyens, les plus modestes mais aussi pour une large partie des familles. Qui peut payer un loyer d’appartement de 3 ou 4 pièces dans les grandes villes et tout particulièrement à Paris ?

Le logement social a été dans un passé pas si lointain en France, un formidable sujet de réflexion et d’innovation soumis aux architectes et soutenu pas l’Etat.

Pour apporter une réponse fine à chaque territoire, il est nécessaire de clarifier et territorialiser la politique du logement et son financement, en adaptant le financement du logement social aux particularités des villes et des territoires, en favorisant les formes nouvelles de promotion du logement comme celle de l’habitat participatif, les constructions groupées.

Enfin, l’habitat est l’affaire de tous et il est nécessaire pour la démocratie d’instaurer une plus grande concertation à tous les niveaux de décisions du projet de construction avec les habitants.

3 Pour construire au bon endroit, un urbanisme concerté doit anticiper chaque nouveau logement construit en associant tous les acteurs du cadre bâti.

Quand est ce que la règle cesse d’être le cadre du bien vivre ensemble qui permet l’expression de la citoyenneté et l’épanouissement de l’intérêt général ? Quand est ce qu’elle devient carcan et modèle comme lorsque chaque pièce d’un logement est en quelque sorte pré-dessinée par les règles qui s’y appliquent ou lorsque, sur tout un quartier on impose les mêmes règles d’urbanisme stéréotypées, les mêmes coefficients d’occupation des sols, sans lien avec la réalité construite, ou lorsqu’on construit un lotissement de maisons individuelles implantées, chacune au milieu de sa parcelle toutes identiques, desservies par une voie en impasse loin des centres et des services, modèle, s’il en est, généré par l’automobile et l’économie foncière, reproduit des milliers de fois qui défigure nos paysages et crée des ghettos figés dans le temps.

C’est tout le rapport entre la règle et le projet qui s’inscrit là.
Comment établir un juste rapport entre espaces publics et privés (la privatisation de l’espace public par la création de domaines fermés de plus en plus vastes comme le sont les grandes emprises commerciales et résidentielles se développe), juste rapport qui autoriserait l’évolution et le renouvellement des villes.

Un urbanisme du XXIème siècle est à construire qui rompt avec l’urbanisme du découpage foncier et du droit des sols issu du temps où la France était essentiellement rurale.

Elaborons des règles urbaines et constructives au service du projet urbain, qui permettent le renouvellement de la ville sur elle-même. Des gisements de constructibilité existent dans tous les territoires péri-urbains et dans nos villes où la crise du logement est la plus forte. Des économies substantielles peuvent être réalisées par la suppression de règles et normes inutiles au regard de l’enjeu de la construction de millions de logement.

La loi en cours pour un urbanisme rénové à laquelle les architectes apportent leurs contributions s’inscrit dans cette démarche. Nous sommes favorables à l’intercommunalité, à la préservation des terres naturelles, à toutes les propositions qui vont dans le sens de l’écologie du territoire, nous sommes favorables à des règles urbaines simplifiées élaborées à partir d’un véritable projet urbain, mais l’Etat et les collectivités locales se donneront-elles les moyens d’y parvenir ?

Les collectivités locales, dans le domaine de l’urbanisme, et malgré une privatisation de l’aménagement qui est croissante, doivent être à la fois garantes de l’intérêt général et les pilotes d’une politique volontariste, efficace et pertinente.

L’urgence est là, prenons-la de haut : soyons économe, écologique et efficace. Et puisque nous sommes en début d’année, faisons le vœu d’un pacte de confiance entre les pouvoirs publics, les élus, les citoyens et les acteurs du cadre de vie, architectes, paysagistes, urbanistes…

Nous faire entendre est important pour nous architectes, bien sûr, mais plus encore pour le public. L’architecture n’est pas une variable d’ajustement des politiques publiques et ne saurait être un outil de marketing d’intérêts privés. L’intérêt public de l’architecture ne doit pas être altéré au nom de la réduction des délais ou des coûts. Elle est au cœur des enjeux d’un cadre de vie renouvelé, garante de la qualité de la construction et du bien vivre ensemble.

Il s’agit que chacun habite et que nous puissions tous cohabiter."

 

>> Pour en savoir plus : http://rencontres-niemeyer.pcf.fr/48832

 

Publié le 28.01.2014
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