Il faut « permettre à chacun de bien vivre ensemble », par Lionel Carli

Interview de Lionel Carli, président du CNOA, pour Batiactu, le 14 septembre 2011. Alors que les textes sur «l’urbanisme de projet » devraient être dévoilés d’ici à la fin de l’année, le Conseil National de l’Ordre des Architectes affiche sans détour ses positions. L’occasion de faire le point avec son président.
Interview de Lionel Carli, président du CNOA, pour Batiactu, le 14 septembre 2011.

 


Alors que les textes sur «l’urbanisme de projet » devraient être dévoilés d’ici à la fin de l’année, le Conseil National de l’Ordre des Architectes affiche sans détour ses positions. L’occasion de faire le point avec son président, Lionel Carli.


Batiactu : Dans les textes qui vont être présentés sur «l’urbanisme de projet» par le gouvernement, vous plébiscitez la maîtrise du foncier, pouvez-vous nous expliquer votre point de vue ?
Lionel Carli : Effectivement, alors que dans de nombreux POS encore opposables, et certains nouveaux PLU subsistent nombre de terrains constructibles, nous manquons paradoxalement de foncier à bâtir du logement. C’est pourquoi, l'Ordre des architectes soutient les mesures visant à déverrouiller ces fonciers, en facilitant dans certains cas, le droit de préemption, ou la taxation sur terrains non "productifs", notamment si cela peut éviter la spéculation entraînant rareté et donc cherté du foncier, alors que la France "crie" son manque de logements.

Batiactu : Le PLU est également au cœur des discussions. On évoque, entre autres, sa simplification et la mise en en place d’une intercommunalité des PLU, des améliorations que vous accueillez favorablement…
L.C : L’Ordre des Architectes soutient le regroupement des communes, ou des communautés de communes existantes, afin de parvenir à des projets urbains cohérents. Ainsi, les élus seront amenés à réfléchir ensemble et proposer une vision commune à l’échelle du bassin notamment en matière de transports, de services et d’équipements.

Le côté positif de l’ensemble de la démarche du gouvernement est de passer d’un urbanisme de règles à un urbanisme de projet. Au final, on doit aboutir à des solutions répondant au «vivre ensemble» et au «bien vivre ensemble». On a parfois oublié que l'urbanisme devait également être une démarche porteuse de "rêves et d'envies" à partager avec les habitants des quartiers.

Batiactu : Parmi les mesures annoncées, l’Ordre des Architectes est fortement opposé au relèvement des seuils de surface plancher, sur simple déclaration au préalable, pour des projets d’extension des constructions existantes. Que souhaitez-vous exactement ?
L. C : Tout d’abord, je tiens à préciser que cette démarche s'inscrit dans la volonté de la profession de revendiquer le droit à l'architecture pour tous, et n'a absolument rien à voir avec du corporatisme, comme aimeraient à le faire croire certains. Pour le ministre du Logement, cette réforme doit permettre d'obtenir une autorisation d'urbanisme visant à améliorer une habitation, dans un délai court mais également de mettre rapidement de l’économie dans le circuit. Pour notre part, nous craignons que ces projets ne respectent pas les exigences environnementales et/ou celles relatives à l’accessibilité et handicap. De plus, un projet d’agrandissement, comme toute construction, a forcément un impact au moins visuel sur un environnement qui appartient à tous. Pour cette raison, l’Ordre des architectes estime que ces agrandissements doivent respecter la qualité architecturale à laquelle a droit leur voisinage. Au lieu de laisser faire chacun, nous préconisons plutôt un "état des lieux" architectural et paysager des lotissements ou des quartiers à reconstruire et/ou à densifier, afin d'établir, en concertation avec les habitants, les gabarits les plus adéquats à chaque parcelle, pour répondre à leurs aspirations et "permettre à chacun de bien vivre ensemble". De ce fait, le recours à l’architecte doit rester obligatoire dès lors que l’extension porte le bâtiment à une surface totale supérieure à 170 m2.

Batiactu : Vous pointez également du doigt la réforme des lotissements, et plus particulièrement, «Le label éco-lotissement Grenelle», pourquoi ?
L.C : Ce n’est pas à la loi d’imposer un label. Avec le Grenelle, qui va fixer dans la loi des objectifs ambitieux au cadre bâti, nous ne voyons pas l’intérêt de rendre opposable un label. Ce qu’il faut, c’est faire attention à ne pas construire des lotissements en kit. Le bien-vivre, ce n’est pas juste remplir des cases. Si nous voulons créer des lotissements de qualité, il faut prendre des professionnels et concevoir un projet avec l’ensemble des acteurs et des compétences. Pour faire véritablement de l’urbanisme de projet, il faut de la matière grise et des moyens financiers.

Propos recueillis par Céline Galoffre (14/09/2011) pour BATIACTU
Publié le 14.09.2011
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