FERNAND, LA PIERRE ET LA RGE : DOMMAGE COLLATERAL OU PROCESSUS HISTORIQUE ?

Un fait divers récent est passé inaperçu dans la presse écrite, télévisée ou twitée. Un fait divers qui ne parle qu’à quelques uns, en réjouit d’autres et laisse indifférente la grande majorité. Un fait divers qui marque assez fortement notre actualité architecturale engagée dans un processus contemporain qui lui échappe de plus en plus comme la machine économique tourne avec quelques longueurs d’avance – avance qui n’a rien de positif soyons-en persuadés – sur les décisions politiques et la régulation de la chose publique par l’Etat (les Etats) « souverain(s) ». Un petit fait divers qui illustre très précisément les forces en présence dans notre univers architectural, intéresse l’intérêt public et la fabrique de la ville. Un fait divers qui pointe les catastrophes écologiques que le souci du développement durable, ou plus précisément des économies d’énergies assorties d’un déficit de culture architecturale et d’une inflation de servilité aux normes qui écrasent tout, peut produire de façon irréversible.
Le 22 octobre 2015

La réversibilité des interventions contemporaines sur les bâtiments anciens inscrits, classés ou dignes d’intérêt architectural avéré, instituée « Charte de Venise », permet d’adapter aux conditions de vie actuelles les bâtiments que l’Histoire nous a livrés en laissant la possibilité, à tout moment de l’histoire en marche, de retrouver les états antérieurs, les travaux d’aujourd’hui ou de demain étant réalisés de façon « réversible ».

Il s’agit bien de permettre à l’histoire de marquer de traces non indélébiles les bâtiments remarquables sans « gommer » ni supprimer les traces de l’histoire qui ont marqué en leur temps la singularité de leurs architectures…

La Charte de Venise fut énoncée bien après la « tabula rasa » des CIAM qui voyaient la convention et les conventions corseter l’architecture que l’invention du béton armé couplé aux débuts du mouvement moderne ont pu libérer de l’orthodoxie des portées courtes ayant rythmé les travées de façades depuis l’antiquité, car notamment calées sur la résistance des matériaux…

Le XXe siècle a entériné le souci de la préservation des monuments historiques officialisé par Mérimée au XIXe alors que celui de la culture moderne a lancé un processus libérateur du plan, des formes et des styles…

Mais voilà qu’une époque de ténèbres commence à recouvrir ce patrimoine du XXe siècle que le mouvement moderne nous a offert.

Fernand Pouillon a construit quelques milliers de mètres carrés de logements sociaux en moins de vingt cinq ans pendant les trente glorieuses. Beaucoup ont été réalisés en pierre avec une poésie qui emprunte au rationalisme ses rythmes et ses récurrences.

Le complexe et il s’agit bien d’un conflit qui campe sous ce nom, le complexe ITE (Isolation Thermique par l’Extérieur) s’est développé en phase avec les RT : RT 2005, RT 2012, … comme solution incontournable pour la réhabilitation des milliers de mètres carrés de logements construits dans les années 50, 60 et 70, qualifiés de « passoires thermiques» dans les diagnostics énergétiques.

Un programme de logements construit par Fernand Pouillon sur la rocade sud d’Avignon, près de la route de Tarascon, pierre et béton, vient d’être rhabillé en ITE qui masque soigneusement les modénatures et les matériaux – pierre et béton – du projet…

Personne ne l’a vu à temps, c’est-à-dire avant que le manteau ne soit cousu à même la peau. Faut-il s’en plaindre ou s’en réjouir ?

Pouillon doit-il être effacé dans ses œuvres au prétexte de non conformité thermique ?

Faudra-t-il isoler par l’extérieur les palais du clergé ou de la république, ou leur statut public de lieux du pouvoir les exonèrera-t-il des bas de contention ?

Allons, encore un effort collectif pour rectifier les incorrections thermiques de la culture et de l’histoire et la pertinence normative nous conduira sous peu dans le paradis des rêves à température constante.

 

Publié le 22.10.2015 Par Jean-Paul Cassulo - Président du conseil régional des architectes Provence Alpes Côte d’Azur
1 commentaire

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les aberrations des normes actuelles... la conformité thermique!!!! c'est désespérant. et on est obligé de suivre des formations obligatoires RT2012 pour ce résultat? la négation de l'architecture.