C. Jacquot : "la création architecturale et l’exercice des architectes subissent et vont subir des mutations importantes"

Les 3 et 4 avril s'est tenue à Lille une "Conférence des régions" réunissant le CNOA et les 26 CROA. Dans son introduction, Catherine Jacquot a mis en perspective les mutations touchant la profession : transition écologique, dévolution de la commande, gouvernance des territoires, maquette numérique, ainsi que les actions et les objectifs de l'Institution ordinale.
Les 3 et 4 avril s'est tenu à Lille une "Conférence des régions" réunissant le CNOA et les 26 Conseil régionaux de l'Ordre. Dans son discours d'introduction, Catherine Jacquot a mis en perspective les sujets d'actualité touchant la profession (transition écologique ; dévolution de la commande ; gouvernance des territoires ; maquette numérique), ainsi que les actions en cours et les objectifs de l'Institution ordinale.


Voici le discours prononcé le 3 avril 2014 :

"Je salue Mme la vice présidente du conseil régional et Mme la directrice régionale des affaires culturelles ainsi que tous les présidents de régions qui participent à la conférence.
Je remercie la communauté urbaine de Lille Métropole qui nous accueille dans ses locaux. Ainsi que le CROA Nord pas de Calais et sa présidente Béatrice Auxent pour l’accueil qu’ils nous ont réservé.

Nous sommes dans une période où l’évolution des conditions de la création architecturale et de l’exercice des architectes subissent et vont dans un proche avenir, subir des mutations importantes provoquées par l’évolution de l’économie du bâtiment, des outils techniques, et des contraintes environnementales.

Quatre causes principales à cette mutation se dégagent :

La transition écologique tout d’abord qui a un impact sur la conception des bâtiments, leurs modes constructifs, la fabrication de la ville. Elle redéfinit de nouvelles priorités à nos missions et fait évoluer nos compétences. Nous devrons être très attentifs au projet de loi sur ce sujet qui doit être discuté en juin.

Ensuite, La dévolution de la commande, qu’elle soit publique ou privée :
La privatisation de la commande publique et le développement de la commande privée sont la conséquence entre autres de la diminution très importante de l’investissement public dans le domaine du bâtiment et du logement.

Les logements sociaux ne sont plus soumis au code des marchés publics, l’ordonnance de 2005 est la règle.
La conception réalisation reste aussi la règle pour encore au moins 5 ans.
Les VEFA qui permettent de ne plus soumettre les opérations de logements qui mobilisent pourtant des fonds publics, à une quelconque procédure de concurrence, deviennent très fréquentes (elles représentent 50% de la production en logements neufs chez certains bailleurs).
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Ces nouvelles formes de la commande imposent la mise en place d’alliances avec les bailleurs sociaux, les aménageurs, les promoteurs privés et nous nous efforcerons d’associer les élus à la mise en place de conventions d’encadrement.

La commande publique évolue également vers des systèmes de groupements et de partenariats : cette évolution qui nous rappelle certaines procédures passées, telles que les modèles qui n’ont en rien favoriser la qualité architecturale, on la retrouve aussi bien au plan national avec la démarche 500000 logements qu’au niveau européen.
Nous serons vigilants sur la manière dont va se transposer la directive européenne. Une discussion est d’ores et déjà engagée avec Bercy.

Autre cause, les changements dans la gouvernance des territoires, intercommunalités, régions et la création des métropoles vont avoir des conséquences sur la fabrication des règles urbaines et donc de la ville. Les volets deux et trois de la loi Lebranchu, sont annoncés pour 2014 et auront pour objet une modification de la carte des régions et des départements. La loi ALUR, dans sa quatrième partie est un premier pas vers une urbanisation contenue, plus dense, plus soucieuse de l’environnement et vers une conception spatiale de la ville. Dans la décentralisation de l’aménagement des territoires, avec leurs partenaires, les architectes auront un rôle important à jouer pour la qualité des territoires et dans la constitution d’une ingénierie urbaine à chaque échelle du territoire.

Enfin, de nouveaux outils, le BIM, la maquette numérique vont modifier de façon très importante la conception des bâtiments. Nous devons en garder le contrôle et mettre en place une commission avec des experts et nos partenaires entreprises et BET, avec les fabricants de logiciels. Elle sera obligatoire en 2017 pour les marchés publics de l’état et en 2020 pour l’Europe

Pour affronter ces changements il faut renforcer notre institution et conforter nos exercices.

Il nous faut renforcer notre code de déontologie pour qu’il soit plus conforme au contexte socio-économique dans lequel nous nous trouvons.

Nous devons réformer notre institution dont la représentation doit être modernisée et démocratisée en changeant le mode de scrutin et en construisant une politique de l’institution sur des réflexions et des actions élaborées autant en régions et inter-régions qu’au niveau national. Il nous faut continuer les actions de proximité avec les architectes et renforcer le réseau des élus, déjà efficacement assurées par les régions, et il nous faut mieux mutualiser en inter-régions certaines actions essentielles telles que le fonctionnement et la veille juridique, la formation continue….
Le CNOA fera des propositions en ce sens mais vous êtes invités à y réfléchir activement. Les inter-régions qui en ont l’expérience pourront la partager et témoigner que cela signifie une montée en compétence pour toutes les régions et particulièrement celles grandes ou petites qui veulent agir et sont limitées par un manque parfois sévère de moyens humains.

Nous devons anticiper sur les évolutions du cadre de vie, sur son contexte socio-économique et écologique, sur les évolutions notre profession à échéance de 10 ans.

Nous devons convaincre les architectes que la formation continue est un moyen essentiel pour être des acteurs majeurs sur les nouveaux chantiers de la construction et rénovation écologique des bâtiments, des nouveaux outils numériques, de l’urbanisme et de l’ingénierie pour l’aménagement des territoires.

Nous devons conforter notre indépendance, pour que ces différents passages soient franchis sans que les agences en pâtissent économiquement et particulièrement , les petites agences qui étendent sur tout le territoire le maillage d’une création architecturale locale et citoyenne

Nous devons être force de propositions auprès des pouvoirs publics et être présents dans l’actualité par nos actions auprès de tous les publics, aidés en cela par les CAUE, les architectes du patrimoine, les Maisons de l’architecture et tous les architectes qui oeuvrent ensemble.

Que proposons nous pour diffuser la culture architecturale auprès de tous les publics?
Comment démocratiser l’architecture ?
Les premières universités d’été de l’architecture seront organisées de juin à octobre tout d’abord sous la forme « d’e-universités » durant tout l’été , puis à Marseille le 16 octobre! Elles vont contribuer au développement d’une réflexion prospective.
Elles s’adressent à un public d’architectes et d’élus, d’étudiants, à un public averti mais les contributions et les actes seront largement diffusés. Elles seront suivies des 24 heures d’architecture organisés par le RMA et mes MA pour tous les publics. Ces universités porteront sur deux grands thèmes : habiter la métropole, et habiter : mutations et innovations.
Les écoles d’architecture et les laboratoires de recherche, les architectes conseils, les CAUE sont invités à contribuer aux Universités.

Et bien sûr quelle meilleure façon pour un architecte de rencontrer le public si ce n’est en ouvrant les portes de son lieu de travail avec les Journées Portes Ouvertes qui se dérouleront les 6 et 7 juin.

Enfin je juge très important que nous soyons présents dans la presse, autant que possible, à la fois réactifs pour ne pas manquer une occasion de dire ce qu’est la profession d’architecte et la mieux faire connaitre auprès du public (ainsi récemment dans le Monde, les échos après une réaction sur des propos sur France 5) et présents aussi, sur l’actualité législative qui participe de la conception et de la construction des villes et des logements de demain.
C’est pourquoi nous avons fait un appel dans les journaux nationaux relayé en régions pendant la campagne municipale car oui, le mal-logement nous concerne, la laideur et le mal vivre dans les quartiers périphériques des grandes villes nous concernent, l’étalement urbain de milliers de pavillons dans nos paysages nous concerne. Avec les maitres d’ouvrage et les élus, nous avons la part de responsabilité qui incombe à ceux qui ont délégation de service public.

De même lors des élections européennes nous manifesterons auprès des candidats notre volonté d’une architecture de qualité et nous participerons au manifeste que le CAE va publier à l’occasion des élections, notre présence à l’international et particulièrement en Europe est essentielle dans une double visibilité qui améliore notre position en France et qui promeut à l’export, l’architecture et l’urbanisme français.

Au cours de la conférence des régions nous allons développer plusieurs de ces thèmes, nous allons parler du seuil de recours obligatoire à l’architecte, des lois votées ou en débat, de la rénovation énergétique et autres actions initiées ou en cours…, tous thèmes qui sont objets des groupes de travail du Conseil national et auxquels nous allons vous demander de vous associer. Seront aussi présentées les actions des régions qui si vous le décidez pourront être développé sur tout le territoire."

Catherine Jacquot, présidente du Conseil national

Publié le 08.04.2014
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