Adaptons les bâtiments devant accueillir les patients atteints du Covid 19 !

Le CNOA alerte sur les risques sanitaires liés aux déplacements ou à l’installation de malades dans des locaux inadaptés et sur la nécessité d'intervenir en urgence sur les EHPAD.
Le 26 mars 2020
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Communiqué du 26 mars 2020 :

Le CNOA relève l’implication du gouvernement dans ce moment difficile pour la nation et la présence du Président de la République à Mulhouse, dans cette région durement touchée, est un signe fort. Les architectes sont à sa disposition pour agir et conseiller les autorités et collectivités, et minorer les conséquences de la pandémie.

Depuis Hippocrate il y a 2500 ans, on sait que l’état de santé d’un individu est étroitement lié à son environnement. Le CNOA alerte sur les risques sanitaires liés aux déplacements ou à l’installation de malades dans des locaux inadaptés.

La France dispose d’infrastructures hospitalières publiques et privées, avec des milliers de lits libérables, et de locaux en sous-utilisation, voire vidés par la mise en confinement et l’arrêt de la plupart des activités économiques et de toutes les activités sportives et de loisirs.

Plutôt que de construire des hôpitaux en urgence comme cela a été fait à Wuhan, qui disposait de peu d’infrastructures capables d’accueillir le nombre considérable de malades, il vaut donc mieux adapter les bâtiments potentiellement disponibles.

C’est ce qui se fait actuellement, nos hôpitaux et cliniques se vidant en prévision de l’accueil des malades atteints du Covid-19. Cela va se passer sans difficultés dans plusieurs établissements, les hôpitaux étant rodés à une fréquente permutation de services. Néanmoins, recevoir des unités pathologies infectieuses nécessite des transformations pour éviter les transmissions virales.

Il faut organiser l’espace pour éviter les croisements critiques des flux, modifier les installations électriques pour les futurs appareillages et surtout abaisser la charge virale de l’air ambiant et contrôler les flux aérauliques en intervenant sur les systèmes de ventilation.

Il est donc indispensable que les locaux soient adaptés avant leur changement d’usage. Il sera possible ainsi de réduire les conséquences de l’épidémie.

C’est aussi le cas dans l’utilisation de locaux non hospitaliers, gymnases, hôtels, qu’il faut en urgence « corriger » avant d’envisager de s’en servir pour l’accueil de services de soins ou même de consultation.

Le CNOA annonce que les architectes sont prêts à apporter leur compétence, partout où cela représente une urgente nécessité. Les architectes experts de ces problématiques sont immédiatement mobilisables, et en attente d’être sollicités par le ministère de la Santé et les ARS. Avec les ingénieurs et techniciens des bureaux d’étude spécialisés, également motivés pour être utiles aux malades et soignants, ils peuvent faire les diagnostics et concevoir les modifications et aménagements nécessaires.
Ils connaissent les entreprises et artisans prêts à s’impliquer dans ce service d’intérêt public.

Ces interventions peuvent être de simples corrections des équilibres de ventilation, ou aller jusqu’à la conception, dans un délai très court, d’hôpitaux provisoires dans des salles de congrès ou halles de sport abandonnées depuis maintenant deux semaines.

Relevons, et saluons, le rôle essentiel pour cela des artisans et entrepreneurs, dont certains restent en activité, malgré les risques, pour maintenir un habitat et des services publics fonctionnels.

Intervenir en urgence sur les EHPAD

Il faut également voir ce que l’on peut améliorer immédiatement dans les EHPAD. Ces établissements ont été conçus pour apporter des conditions de confort et d’ergonomie adaptés au grand âge. Ce ne sont pas des structures hospitalières capables de faire barrage à une épidémie aussi virulente et dévastatrice sur les populations âgées.
Le dépistage systématique des résidents est prioritaire. Puis, en fonction des systèmes de ventilation installés, généralement des ventilations de confort, il faudra étudier la mise en dépression aéraulique des chambres des résidents contaminés.

Mais l’architecture ne peut pas tout, le confinement et le respect des protocoles par le personnel doivent être drastiques.

Sans cela, les EHPAD, qui sont une réponse remarquable de prise en charge de nos personnes âgées, vont être des pièges, où va flamber l’épidémie, avec de terribles taux de mortalité. C’est inacceptable, socialement, humainement, alors que nous devons à nos anciens de les protéger et de les accompagner dans une fin de vie calme et sereine.

Denis Dessus
Président du Conseil national de l’Ordre des architectes

Publié le 26.03.2020 - Modifié le 26.03.2020
1 commentaire

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Bonjour,

Du coup comment les institutions peuvent-elles se rapprocher des architectes experts de ces problématiques?

Le Cnoa est-il en mesure d'établir une liste des confrères mobilisables?

Merci pour votre réponse.

T. CHEREF

Agence MOVISTA

(© photo : Frédéric Gémonet / source : Archicontemporaine.org)
EHPAD Alice Prin à Paris - a+ samueldelmas arch.