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etudes.htm

by murd last modified 02-06-2006 10:27

« Article issu des Cahiers de la profession, n°13 – 4° trimestre 2002. »


RÉFORME DES ÉTUDES
Le projet de Réforme des études d'architecture s'inscrit dans la perspective de l'harmonisation européenne de l'enseignement supérieur.
Celles-ci bénéficieraient d'un système d'équivalence universitaire favorisant la mobilité tant sur le territoire français qu'en Europe.
Cependant, il repose à nouveau les questions de la professionnalisation des études et de la licence d'exercice.

LES ENJEUX

La déclaration de Bologne du 19 Juin 1999 signée par 29 nations suggérait comme préalable aux facilités d'échange entre systèmes d'enseignement supérieur de chaque pays l'adoption d'un système de diplômes lisibles et comparables relié à un dispositif de "crédits" afin de favoriser la mobilité des étudiants.

Ces systèmes se fondent essentiellement sur deux cursus, avant et après la licence.
Le texte dit précisément :
"L'accès au deuxième cursus nécessitera d'avoir achevé le premier cursus d'une durée minimale de trois ans. Les diplômes délivrés au terme du premier cursus correspondront à un niveau de qualification appropriée pour l'insertion sur le marché du travail européen.
Le second cursus devrait conduire au master et/ou au doctorat comme dans beaucoup de pays européens".

Appliqué aux études d'architecture en France, ceci constitue une réforme en profondeur ; il ne s'agit plus d'un énième clone du système mis en place voici plus de 30 ans.
Le chantier est donc lancé ; on doit y ajouter la volonté de la tutelle, pour le moins louable, de mieux professionnaliser les études d'architecture.
Lors d'un récent séminaire de réflexion portant sur l'application du 3.5.8 (ou L, M, D), les représentants de la DAPA ont rappelé très clairement ce souhait ministériel.
On ne peut qu'y souscrire, sans perdre de vue la pluralité des débouchés et des filières.

Car aujourd'hui, nos écoles ne forment pas seulement des diplômés qui exerceront la profession d'architecte - maître d'oeuvre, elles forment aussi des professionnels de l'urbanisme, des conseils et des cadres des collectivités, des scénographes, des chercheurs, des enseignants et même des maîtres d'ouvrages.

Les nouveaux métiers de l'architecture sont innombrables et l'on peut s'en féliciter dès lors que l'incompréhension des rôles voire certaine forme de mépris ne s'insinue entre eux.
Il est donc au préalable essentiel de bannir toute tentation de réduire cette volonté de professionnalisation au seul exercice de la maîtrise d'œuvre.

Des chiffres circulent, souvent fantaisistes et non vérifiés, relatifs à l'orientation des jeunes diplômés.
Plaignons-nous d'abord de l'absence de "traçabilité" de l'étudiant depuis son entrée à l'école.
Il semble urgent d'évaluer pour mieux former, faute de quoi, selon son domaine de prédilection, d'aucuns prétendront nécessaire et urgent de développer plutôt telle discipline ou filière plutôt qu'une autre.

Les nombreux détracteurs de l'institution professionnelle sont convaincus de son malthusianisme latent et ne voient en l'Ordre des architectes qu'un club imposé à ceux qui désirent assurer des maîtrises d'œuvre, et peu soucieux d'associer et de conserver les autres membres de la famille.
Ce qui est totalement inexact et constitue pour l'institution professionnelle un vrai souci.
Par contre, il est exact que force conjoncture, la même institution professionnelle est attentive au désarroi des jeunes inscrits et à l'écoute des difficultés qu'éprouvent ceux-ci lorsqu'ils s'installent, attention et écoute parfaitement relayées par les organisations syndicales.
On le sait, il n'y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.
Or, sans paranoïa excessive, il semble lors des débats réunissant le monde de l'École et celui de la Profession, que certains poncifs ont la vie dure et que certains excès d'appréciation procèdent de la caricature.
Le souci de défendre l'architecture, plus encore que les architectes, ne permet plus de tolérer cette opposition entre professionnels "de terrain" et monde de l'enseignement.

Le chantier de la réforme actuelle est sûrement une très belle chance offerte pour corriger certaines des dérives actuelles constatées.
Il convient de la saisir en ne perdant pas de vue que l'élargissement européen et l'harmonisation précitée auront comme corollaire le développement d'une véritable concurrence des formations.
Les directeurs des écoles d'architecture en sont d'ailleurs parfaitement conscients.


LE 3. 5. 8. OU L.M.D. APPLIQUÉ AUX ÉCOLES D'ARCHITECTURE

Le Conseil Supérieur de l'Enseignement de l'Architecture animé par la DAPA s'est vu remettre en octobre 2002 un questionnaire réputé non exhaustif mais sans grande zone d'ombre présentant le mérite de suggérer plusieurs pistes de réflexion.

Il faut rappeler au préalable ce que désigne le 3.5.8 ou le L.M.D. :

  • L comme Licence délivrée au mieux 3 ans après l'inscription
  • M comme Master délivré au mieux 5 ans après l'inscription (3 + 2)
  • D comme Doctorat délivré au mieux 8 ans après l'inscription ( 3 + 2 + 3)

Le niveau Licence serait obtenu à l'issue de 3 années d'enseignement général d'architecture sans que celui-ci soit teinté de formation particulière ou de spécialisation réservée au niveau Master.

L'une des questions essentielles est relative à la nature des débouchés professionnels offerts à l'étudiant souhaitant interrompre ses études au niveau Licence, le questionnaire de la DAPA évoque à ce sujet le danger de produire des "sous architectes".
À ce propos, il est évoqué une formation en quelque sorte professionnalisante dès la 3° année ce, en deux semestres, permettant au licencié de déboucher sur des emplois spécifiques (assistance à la maîtrise d'ouvrage, instruction de permis, élaboration de PLU à titre d'exemple…).

Les étudiants désirant poursuivre après la licence s'engagent ensuite dans un cursus de deux années sanctionné par le niveau Master.

Aujourd'hui semble se profiler le principe d'un master professionnel et d'un master de recherche.
Par ailleurs, il conviendra sans doute d'inscrire, au titre de masters professionnels spécialisés, les anciens DESS ou DPEA. Ces derniers, essentiels à la pluralité des métiers et des débouchés, doivent être conservés dans leurs principes quand bien même seraient-ils rebaptisés.

L'étudiant indécis sera sûrement perturbé par les choix qui vont s'offrir et il est essentiel pour lui de pouvoir suivre s'il le souhaite un bi-cursus.
Quelles en seraient les modalités au regard de la charge de travail accrue ?
À l'instar du niveau licence, quels débouchés professionnels peut-on offrir à l'issue du "+ 5" ?
Il faut prendre également en considération, dès lors que les correspondances existent, les réorientations possibles vers d'autres filières universitaires et par voie de conséquence, admettre et sélectionner l'accès aux masters d'architecture à des disciplines proches des métiers de l'architecture.


LE DPLG, LE(S) DOCTORAT(S)… LA LICENCE D'EXERCICE

Si les grands principes des voies doctorantes de la filière recherche (3 années supplémentaires) semblent assez bien arrêtés, se calquant peu ou prou sur ce que l'université produit depuis longtemps, il semble souhaité au sein des écoles que la spécificité architecturale de ces doctorats soit clairement affirmée afin que l'Université ne s'empare de ces disciplines.
La diversité actuelle des voies doctorales en architecture est plutôt considérée comme une vraie richesse et il n'est pas à l'ordre du jour d'envisager la création d'une seule école doctorale.
Il semble admis que les doctorants puissent choisir leur école en fonction des spécialités qu'elle propose.

Demeure donc, le délicat problème du DPLG et de son inscription au cœur de cette réforme.

Au titre de la pluralité des disciplines dispensées pendant le second cursus (masters) peut-on envisager des diplômes autres que celui d'architecte DLPG ? Par exemple, pour reprendre le questionnaire de la DAPA, celui d'architecte-urbaniste DPLG ou celui d'architecte-paysagiste DPLG.
Le commentaire en marge posant la question de la reconnaissance de ces éventuels diplômes par des professions aujourd'hui non réglementées.
C'est en effet une bonne question qui repose les bases de la reconnaissance du diplôme.

Nous l'avions dit plus avant, l'institution professionnelle et certaines organisations syndicales sans dénigrer le contenu et la qualité des enseignements dispensés, souhaitent que les filières dites professionnelles après délivrance de master(s) professionnels comportent un volet pragmatique en liaison avec la réalité des marchés qui nous préoccupent.
Une motion en ce sens a été récemment adressée à la DAPA par le Conseil national de l'Ordre des architectes.
On sait qu'elle a été encore une fois diversement appréciée selon les uns ou les autres…

Le diplôme d'Architecte DPLG serait délivré au terme d'une année après le master, année intégrant le TPFE et le stage.

La réaction des professionnels au regard des difficultés rencontrées par les tous jeunes diplômés exerçant de façon libérale ou associée est que la délivrance d'un diplôme ayant valeur de licence d'exercice telle que la DAPA le propose ne répond pas idéalement à la problématique posée.

En clair, la question du stage est aujourd'hui essentielle.
Au titre

  • de sa durée
  • de son contenu
  • de son encadrement

Les stages tels qu'ils sont conçus et proposés actuellement font souvent l'objet de constat d'échec.
Parce que ne permettant pas au stagiaire de brosser largement l'acte architectural et d'en saisir par là même, l'étendue et la difficulté ; les quelques "16" semaines actuelles et légales sont sûrement insuffisantes.
Parce qu'encadrer et accompagner sérieusement un stagiaire, prend du temps et nécessite de la méthode.
On le sait, certaines agences et cabinets accueillent des stagiaires sans réellement s'en préoccuper, leur confiant des tâches parfaitement ingrates et sans intérêt formateur.
Il est donc désormais essentiel que la tutelle, l'école et les professionnels réfléchissent ensemble sur la réorganisation de ces stages, sur leur suivi, sans doute aussi sur la certification des structures accueillantes.
Se pose bien sûr à la clef, la prise en charge financière du stagiaire et les coûts induits que subiront les professionnels formateurs certifiés.

Associée à la qualité des enseignements, des stages requalifiés permettront aux jeunes diplômés d'affronter sereinement un monde professionnel de plus en plus exigeant et encadré.
Et ce, pas seulement par l'Ordre.

Frank LONGUEVAL
Conseiller national