Les Architectes interpellent les Elus !

Six mois après la publication du rapport de Patrick Bloche sur la création architecturale proposant 36 mesures pour « remettre l’architecte au centre du projet architectural et urbain », l’Ordre des architectes interpelle élus nationaux et locaux sur le sort d’une architecture délaissée et d’une profession en crise. Il fait des propositions pour que l’architecture et l’urbanisme soient le bien de tous et l’instrument d’un cadre de vie démocratique.


Les Architectes interpellent les Elus

 

 
En juillet dernier Patrick Bloche, député de Paris, a publié un rapport sur la création architecturale proposant 36 mesures pour « Remettre l’architecte au centre du projet architectural et urbain pour assurer la qualité du cadre de vie de chacun ».

Sur cette base, Fleur Pellerin vient de s’engager sur deux actions : d’une part la mise en œuvre rapide d’une stratégie en faveur de l’architecture fondée sur trois axes, sensibiliser, développer et innover, d’autre part la préparation d’un projet de loi « liberté de création, architecture et patrimoine » visant à « concilier patrimoine et modernité, simplifier tout en protégeant mieux et en mettant l’architecte au cœur de la cité ».

Signes d’une prise de conscience ?

Espérons-le ! La situation de l’architecture et des architectes est alarmante !

 

Une architecture trop souvent délaissée, le secteur de la construction de logements dévasté,
une profession en crise


Malgré les efforts notables de certains élus locaux qui ont su s’allier les services d’architectes, urbanistes, paysagistes, pour densifier et innover, force est de constater la médiocrité des paysages périurbains et des entrées de villes, le mitage des campagnes, l’abandon des centres bourgs…

Dans le même temps, Patrick Bloche le rappelle, alors que la France est le seul pays européen à disposer d’une loi sur l’architecture, les deux tiers des constructions, notamment en commande privée, sont construites sans recours à un architecte.

Dans le même temps encore, la France, comme d’autres pays, traverse une crise économique mais aussi sociale et environnementale profonde dont les conséquences frappent très durement l’ensemble des métiers de la construction et de la maîtrise d’œuvre.

Dans le même temps enfin, terrible paradoxe, la France manque plus que jamais de logements. En effet, selon les constats de la Fédération des promoteurs immobiliers et de l’Union Sociale pour l’Habitat, le niveau de production de logements neufs et réhabilités enregistré est le plus bas depuis la fin de la guerre.

Au résultat, une profession dont le champ d’intervention se réduit et dont la viabilité économique se fragilise chaque jour un peu plus.

Les architectes doivent faire face à une commande publique qui se raréfie, qui multiplie les procédures dérogatoires qui compromettent l’indépendance de la maitrise d’œuvre. Au nom de la simplification, le caractère obligatoire des concours risque d’être supprimé ainsi que la spécificité des procédures de passation des marchés publics de maîtrise d’œuvre, alors qu’il est essentiel d’avoir une dévolution de commande vertueuse pour des marchés à forte valeur ajoutée conditionnant directement notre cadre de vie.

Quant à la commande privée l’architecte, tout en endossant une lourde responsabilité, perd peu à peu la maîtrise de son projet et voit de plus en plus son intervention réduite à la portion congrue, au détriment de la qualité de la construction et de la prise en compte du coût global.

 

 

Le diagnostic est sévère car les architectes sont au service de l’intérêt général
et de la qualité des territoires urbains et ruraux.


Rappelons-le, l’architecture est avant tout un acte politique et elle répond à des enjeux transversaux : culturels, économiques, environnementaux, sociaux.

C’est pourquoi, les architectes demandent, à l’instar de Patrick Bloche, la création d’une délégation interministérielle à l’architecture placée auprès du Premier Ministre.
 

Ils sont force de propositions pour que l’architecture et l’urbanisme soient le bien de tous, et l’instrument d’un cadre de vie démocratique :

  - L’instauration d’un permis de construire simplifié en dessous des seuils de recours obligatoire lorsque les particuliers ont recours à un architecte ;

  - La généralisation d’une réduction des primes d’assurance pour les particuliers et les maîtres d’ouvrage occasionnels lorsqu’ils font appel à un architecte.

  - Le renforcement du rôle des CAUE

  - La fixation d’un cadre réglementaire des consultations immobilières lancées par les élus locaux, associant promoteurs et architectes. Ce cadre devrait permettre de garantir transparence et équité et d’organiser les relations contractuelles entre promoteurs privés et maîtres d’œuvre pour leur confier une mission complète de la conception à livraison des projets. 

  - La systématisation, quel que soit le marché, de règles assurant l’indépendance de l’architecte et de la maitrise d’œuvre avec pour les marchés publics, la limitation des dispositifs dérogatoires apportés à la loi MOP, pour revenir, comme le précise Patrick Bloche à « une loi revitalisée capable de susciter et de stimuler la création architecturale », ainsi que le recours à des procédures qualitatives de choix de la maîtrise d’œuvre (concours ou, pour les projets à faible montant et faible enjeu, procédure négociée sur références et moyens).

  - La reconnaissance du statut et du titre d’architecte, pour les architectes exerçant dans la fonction publique territoriale.

  - L’instauration, lors de la réhabilitation ou rénovation d’un bâtiment, d’un diagnostic préalable global et indépendant, gage pour les usagers d’un investissement qualitatif et cohérent.

  - Dans le cadre de la nécessaire réforme de l’enseignement de l’architecture, l’octroi aux Ecoles d’un statut qui les rapproche des Ecoles d’ingénieurs pour faciliter les passerelles  et accroitre les compétences réciproques.

  - Le développement du conseil architectural et urbanistique auprès des élus locaux pour accompagner leur réflexion sur l’aménagement et la concertation.

 

Les architectes proposent d’ouvrir des champs d’expérimentation : repensons les procédures de la commande avec des missions mieux adaptées aux petits marchés de travaux, et redéfinies pour inventer de nouvelles façons de travailler avec les maitres d’ouvrage en intégrant une réflexion sur l’usage, l’entretien et l’évolutivité du bâti.

Les architectes proposent que soient mises en place sur des territoires choisis, des expérimentations pour un urbanisme et un habitat démocratiques :

Pour créer des territoires où la règle s’inventerait avec les élus et les habitants dans le cadre du projet urbain,

Pour mettre en place de nouveaux outils tels que la maquette numérique pour permettre l’information et la pédagogie,

Pour mettre en œuvre des opérations de logements proposant de nouvelles formes d’habitat avec des espaces collectifs réinventés.

 

Il y a beaucoup à faire pour que la fabrication du cadre de vie soit l’affaire de tous. C’est une condition indispensable à l’équité des territoires ; La réforme territoriale, la création des métropoles est une opportunité unique pour que les élus et les architectes, ensemble, imaginent pour demain un territoire durable, économe et un cadre de vie aimable pour tous.


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Publié le 06.01.2015
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Place de la République, Paris. TVK architectes. (photo C. Guillaume. source : Archicontemporaine.org)
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lettre aux élus janvier 2015.pdf