Catherine Jacquot reçoit la légion d'honneur

Le 8 novembre dernier à l’Académie de l’architecture, Catherine Jacquot, présidente du Conseil national de l'Ordre, a été élevée au grade de chevalier de la légion d’honneur par Pierre-René Lemas, directeur général du Groupe Caisse des Dépôts.
Le 14 novembre 2017
legionok.jpg

Cette cérémonie a été l’occasion pour le directeur général du groupe Caisse des dépôts de dresser un chaleureux portrait d’architecte et de marquer toute l’estime et l’attachement qu’il porte de manière plus générale à l’architecture et aux architectes.

Occasion aussi pour Catherine Jacquot, d’évoquer un parcours de vie professionnelle au cours duquel elle a « conçu et réalisé de petits et grands morceaux de ville ». Extraits :

"Quelle que soit la taille du projet, je cherche l’équilibre parfois difficile à atteindre, entre la conception idéale du bâtiment à la fois beau et adéquat à sa fonction, et la nécessaire adaptation au site, à sa géométrie et à sa géographie, à la place occupée dans la rue, dans la ville qui contraint et déforme. Je crois que l’architecture est dans cette tension perpétuelle entre un objet idéal, utopie peut être et la volonté, la nécessité de s’insérer dans un environnement existant en intégrant une multitude de contraintes. C’est le paradoxe de l’architecture et tout l’art de l’architecte.  Nous vivons aujourd’hui une évolution de cet équilibre qui nous éloigne de plus en plus du modèle surgi ex nihilo, et nous rapproche d’une architecture de transformation des bâtiments, sols, espaces urbains existants et obsolètes. Nous construisons de plus en plus rarement sur des terrains vierges et la table rase n’a plus cours, avec le patrimoine classé ou non,  se joue l’avenir de nos villes et bourgs. Ainsi le statut même de l’architecte se transforme, son rôle évolue et le place en acteur important de la réhabilitation du cadre de vie, inséré dans une longue chaîne à la fois spatiale et temporelle dont l’avant-garde invente une utopie du quotidien, (pour citer Walter Benjamin).

(…)

L’architecture parce qu’elle est plus que d’autres arts ou savoirs, profondément inséré dans les enjeux économiques a besoin du soutien puissant d’une politique publique, qui crée pour les architectes mais aussi pour les maitres d’ouvrage, et pour le bien public, les conditions d’une création architecturale indépendante, il y a un temps pendant lequel l’architecte doit être seul face au projet, c’est pourquoi nous avons tant œuvré, pendant ces quatre années de mandat, pour que les procédures, les règles continuent à garantir cela, en commande publique et en commande privée où il y a tant à faire. Une intégrité préservée de notre exercice, la primauté du projet malgré et avec les contraintes économiques sont les conditions de l’excellence architecturale et urbaine, au service des grands enjeux de notre société, écologiques, sociaux et culturels, et j’ajouterai économique, lorsque l’architecture et la culture sont les ambassadeurs de la France comme aujourd’hui où a lieu l’inauguration du Louvre à Abu Dhabi conçu par Jean Nouvel.

En tension entre local et universel, entre utopie sociale et contraintes économiques et normatives, l’architecte est un funambule, son équilibre est précaire pourtant les architectes ne rechignent pas à endosser de nouvelles responsabilités, à expérimenter, à explorer les voies d’une économie nouvelle et sobre qui répondent aux  défis qui nous attendent : la réhabilitation écologique de millions de logements, une nouvelle pensée de l’espace public, de l’urbanité, l’aménagement des territoires dans leur complémentarité sans exclusion, en limitant les discriminations, l’appropriation des techniques numériques au service de l’architecture et de la culture. Architecte, j’ai l’ambition que nous ne soyons jamais réduits au rôle d’arrangeur, de façadier, mais bien présents au plus intime de la conception de projets, techniques, utiles, et beaux."

 

 

Publié le 14.11.2017
0 commentaire

Donnez votre avis

(CNOA)
Pierre-René, Lemas, directeur général du Groupe Caisse des Dépôts a remis les insignes de la légion d’honneur à Catherine Jacquot